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Jeudi 30 août 2007
publié dans : Un Peu de Tout

Chez les égyptiens, le jardin s’organise autour de grands bassins.

 

L’eau, vitale pour la survie dans ce  pays soumis aux crues du Nil est domestiquée pour le seul agrément des puissants.

 
 
 
 
 

 
Les romains ont des jardins hérissés de statues et de fontaines.
La végétation est soumise à l’homme et s’inscrit dans des massifs géométriques. Le jardin est un signe de puissance, de pouvoir en même temps que d’épicurisme et de protection contre le monde extérieur. Les empereurs romains se réfugient dans leur villa pour échapper au mécontentement de la plèbe. Il est aussi l’occasion d’expérimenter des découvertes technologiques. César fait aménager un système d’adduction d’eau révolutionnaire dans son jardin de Capri.

 

 

 

Au moyen age les cloîtres ont des jardins intérieurs. Un péristyle entourant un espace rectangulaire. La déambulation du moine se fait toujours dans le même sens, en contemplant les sculptures des chapiteaux, véritables programmes iconographiques retraçant des épisodes de la vie de Jésus ou les tentations possibles. Le centre dont les plantes sont dans des massifs géométriques, représente la transcendance, l’aspiration à la lumière.

 

L’église accorde beaucoup d’attention aux jardins. Un passage des évangiles où Jésus se recueille avant la crucifixion est situé dans le jardin du mont des oliviers. C’est un espace de méditation. C’est aussi un conservatoire de plantes médicinales. Les premiers herbiers et les premières tentatives objectives d’observation des plantes datent du moyen age.

 

 

 

A la Renaissance, le jardin est le reflet du bel idéal. On recherche les décors antiques, on les imite. L’architecture se détache des impératifs féodaux de défense. Les portes et les fenêtres s’ouvrent. Les seigneurs ne sont plus seulement des chefs de guerre mais aussi des esthètes doublés de mécènes. Laurent le magnifique collectionne les statues antiques et les œuvres des artistes qu’il place sous sa protection dont Michel-Ange. Il ouvre son jardin au public.

 

Les châteaux de la Loire offrent une diversité impressionnante d’organisation de l’espace. L’ordonnance des jardins tient compte de la spécificité des accidents de terrain, jardin en terrasse surplombant la Loire, espace immense du château de Chambord. Les massifs sont souvent géométriques, des labyrinthes de verdure peuvent être organisés. On dissémine des statues imitées de l’antique, et de la renaissance italienne. Cependant, à la fin du XVIème siècle on voit apparaître des artistes originaux tel Jean Goujon, voir la fontaine des innocents à Paris. L’adduction d’eau fait l’objet de grands travaux comme le percement du canal reliant la Seine au jardin du château de Fontainebleau. Les fontaines sont placées à des points stratégiques. Le tracé des massifs, le réseau des allées part des fontaines centrales et des bassins.

 

 

 

Sous Louis XIII, Louis XIV, le jardin royal est signe de puissance. L’identité nationale émerge. Apparaissent les jardins à la française, même les plantes sont au service de l’ordre établi. Les vues aériennes montrent des compositions géométriques complexes, les arbres sont taillés et réduits à l’état d’objet. C’est l’époque de Descartes, le monde ne réserve aucune surprise. Louis XIV crée une orangerie à Versailles, les échanges avec la Perse et l’empire ottoman conduisent à découvrir des arbres inconnus sous nos latitudes.

 

 

 

XVIIIème siècle : La philosophie des lumières permet d’avoir une autre vision de la nature que celle qui serait soumise à l’homme. Le mythe de l’innocence originelle, de la nature bienveillante apparaît chez Rousseau. Les jardins reproduisent une nature sauvage. L’intimité, le bien-être remplacent la pompe et la solennité du siècle de Louis XIV.

 

On aménage des bosquets pour s’isoler, pour lire, contempler, méditer. On construit des temples ronds imités des tolos grecques, on reconstitue des ruines antiques inspirées des récentes découvertes archéologiques.

 

 

 

La révolution ouvre les portes des palais au peuple et de fait les jardins royaux dont celui des Tuileries. Vivant Denon organise la collection royale du Louvre. Le jardin des plantes est la vitrine des encyclopédistes.

 

 

 

XIXème siècle : Les romantiques préfèrent les paysages naturels et tragiques, Lamartine se promène au bord du lac du Bourget, Victor Hugo dessine à l’encre la mer autour de l’île de Guernesey, Gaspard Friedriech peint la nature déchaînée.

 

Louis II de Bavière matérialise ses fantasmes autour de ses châteaux, il fait construire une grotte artificielle dont le lac accueille des barques en forme de cygne pour déclamer des vers.

 

Seconde moitié du siècle apparaissent les jardins d’artistes probablement influencés par l’Art japonais. C’est la matérialisation d’une démarche créatrice. Le jardin de Giverny de Monet malgré le foisonnement apparent procède d’une observation scientifique de la nature. C’est la maîtrise de la floraison et de la hauteur des plantes.

 

Monet y capte pendant trente ans les variations de la lumière et restitue ces nuances colorées par des effets de matière.

 

La photographie à cette époque est encore en noir et blanc.

 

Pour Bonnard, son jardin est une transposition familière des vieux mythes. Il est saturé de couleur, dont le rose et l’orange crépusculaires traduisent l’angoisse plus que la quiétude.

 

Auteur de l'article:Inconnu

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Jeudi 30 août 2007
publié dans : Un Peu de Tout

L'usage du préservatif remonte à plusieurs millénaires.Egypte-preservatif.gif

 

C'est vers 3000 av. J-C qu'apparaît le tout premier préservatif. Les soldats égyptiens se protégeaient des maladies vénériennes en utilisant des boyaux de mouton.

 

Au cours de la XIX dynastie (1350 - 1200 avant notre ère) le "préservatif" en lin était destiné à se protéger des maladies.

 


Vers 1564, la première description du préservatif est parue, on la trouve dans un ouvrage Gabrielle Fallopius.

Il était fabriqué en toile. Fallopius prétendait l’avoir inventé pour se protéger contre la syphilis. Il l'essaya sur 1.100 hommes : aucun ne fut contaminé.

 




On qui dit dans les années 1660, que l'origine du mot préservatif serait son inventeur Monsieur Condom ou Conton, qui travaillait à la cour du Roi Charles II.

On prétend qu'il était médecin, d'autres colonel et que Charles II était tellement ravi de cette invention qu'il le fit Chevalier.

Quoique cette histoire soit très drôle, on y attache en général peu de crédibilité.
Une autre théorie dit que le nom est dérivé du mot latin "condus", qui veut dire "respect".

 preservatif-XVIII.jpg


Le préservatif devient de plus en plus connu pendant le 18 ème. On ne sait pas s’il était utilisé comme contraceptif ou comme protection contre les maladies, mais les poèmes et la littérature quasi-érotique de 18ième siècle laissent présager qu’il ait été développé à cette époque.

Casanova en  utilisait pour se protéger des infections et pour éviter que ses "partenaires" ne tombent enceintes.


Avec l'invention de la vulcanisation du caoutchouc par Goodyear et Hancock, il est devenu possible de passer à la production de masse de produits plus fiables et moins chers, et notamment des préservatifs.


Une deuxième révolution dans la production du préservatif, est l'utilisation du latex liquide à la place du caoutchouc.

 


C'est en 1929 que la marque Durexfut est enregistrée, c'est l'abréviation de "durability", "reliability" et "excellence".


Source : Le roi de la Capote

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Mardi 28 août 2007
publié dans : Les jouets

monopoly.gifLe mot Loto semble venir de l'italien Lotto qui désigne le sort. On prétend qu'il fut inventé à Naples, d'où il se répandit au XVIème siècle en France lors des campagnes de François 1er. Au XVIIIème siècle, il est le divertissement des nobles de presque toutes les cours européennes. Il fut pendant longtemps le jeu favori des souverains et courtisans. En France, en 1776, la création de la Loterie Royale (ancêtre de la Loterie Nationale), diffuse le principe du jeu du Loto dans les milieux populaires. 
Au cours du XIXème siècle, se développent de très nombreuses variétés de jeux de Loto. Il devient un auxiliaire pour l'éducation des enfants avec la création de cartons historiques, géographiques et grammaticaux.
De nos jours, le Loto est un jeu très populaire, fréquemment organisé par des sociétés locales ou des établissements publics. 


Extrait du musée du jouet

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Lundi 13 août 2007
publié dans : Un Peu de Tout

Alfred-Mosher-Butts.gifLors de la crise de 1929 aux États-Unis, de nombreux américains perdent brusquement leur emploi. Parmi ces malchanceux se trouve un architecte nommé Alfred Mosher Butts. Il décide alors de créer un jeu de lettres tant basé sur la chance que la réflexion.

 


 

En 1931 naît Lexico : les joueurs marquent un nombre de points proportionnel à la taille du mot trouvé. M. Butts sépare les lettres en deux catégories, chacune valant un nombre de points donné. Il détermine la valeur des différentes lettres en analysant leur fréquence d'utilisation dans les pages du New York Times.

 


 

Il propose à Parker Brothers et Milton Bradley de fabriquer et de commercialiser son jeu. Les deux compagnies jugent le projet peu intéressant et décident de ne pas donner suite. De plus, le gouvernement américain refuse le brevet demandé afin de protéger l’idée. Le projet est oublié.

 


 

À l'heure de la folie des mots croisés aux État-Unis, le Lexico refait surface en 1938. Monsieur Butts a en effet l'idée de l'adapter en jeu de plateau et les mots formés doivent désormais se recouper sur une grille.

 


 

Monsieur Butts utilise alors ses outils d'architecte pour créer le plateau et donne à son jeu la dénomination de Criss-Crosswords, pour faire référence au principe des mots croisés. Il fait de nombreuses modifications avant d'aboutir au Scrabble que nous connaissons aujourd'hui.

 


 

Cependant, de nombreux principes établis par M. Butts en 1938 ont toujours cours actuellement. Le plateau comprend encore 225 cases ; chaque joueur dispose de sept lettres pour former un mot et la valeur des lettres reste inchangée.

 


 

L’architecte ne parvient pourtant pas à convaincre une entreprise de s’impliquer dans l’aventure. Au moment où la seconde guerre mondiale éclate en Europe, Alfred Butts décide d'abandonner son rêve pour revenir à sa planche à dessins.

 


 

Presque dix ans plus tard, en 1948, il fait la connaissance d'un homme d'affaires énergique nommé James Brunot. Ce dernier est immédiatement convaincu que le projet est viable.

 


 

Le nom de Scrabble est finalement adopté et ses règles sont nettement simplifiées et raccourcies. On accepte finalement d'attribuer un copyright au jeu :

 

le Scrabble est ainsi officiellement né le 16 décembre 1948.

 

En 1948, avec l'aide de son épouse, James Brunot fabrique entièrement à la main les premiers exemplaires à son domicile de Newton, dans le Connecticut. Ils atteignirent rapidement la cadence de dix-huit jeux par jour, pourtant obligés de coller une à une les lettres sur les célèbres petits jetons.

 


 

À la fin de l'année 1948, 2 251 exemplaires sont fabriqués. Malheureusement, James Brunot enregistre un déficit de 450 $, une somme importante pour l'époque.

 


 

L'année suivante, le couple est prêt à mettre fin à l'aventure, perdant beaucoup d'argent et lassés par ce travail fastidieux. Cependant, de retour de vacances bien méritées, James Brunot s'aperçoit que les habitants de sa ville parlaient d'un nouveau jeu appelé Scrabble.

 


 

Revigoré par ce succès, il décide d'acquérir les locaux d'une ancienne école qui se trouve non loin de son domicile pour y lancer la production de son jeu à plus grande échelle. Fin d’année 1949, 37 000 exemplaires de Scrabble se vendent par trimestre.

 


 

En 1952, un important homme d'affaires découvre le Scrabble durant ses vacances : Jack Strauss, responsable du célèbre grand magasin Macy's de New York. À son retour, il demande qu’on lui fasse parvenir quelques exemplaires. À sa stupéfaction, le chef de rayon lui indique que le jeu n'était pas disponible chez Macy's.

 


 

Jack Strauss décide immédiatement de combler cette lacune en expliquant à son équipe qu'une enseigne réputée comme Macy's ne pouvaient pas ne pas proposer un nouveau jeu aussi excitant.scrabble.jpg

 


 

Le succès de son jeu grandissant, James Brunot fut rapidement dans l'incapacité de produire suffisamment d'exemplaires de Scrabble. Sa capacité de production, pourtant portée à 6 000 unités par semaine, ne suffit pas à répondre à la demande.

 


 

Il se tourne alors vers une entreprise disposant d'une plus grande usine pour fabriquer des exemplaires supplémentaires de Scrabble. Il s’agit de Selchow and Righter, le fabricant de jeu le plus réputé au monde. La folie du Scrabble gagne alors l'ensemble des États-Unis et le jeu commence même à apparaître en Europe.

 




 

En 1953, les magasins de jouets australiens commencent à le distribuer et une compagnie britannique, J.W. Spear & Sons, le commercialise en Angleterre. James Brunot vend son entreprise en 1968, soit vingt ans après avoir débuté la saga du Scrabble.

 


 

Hippolyte-Wouters-.jpgDès 1970, un avocat bruxellois nommé Hippolyte Wouters imagine la formule duplicate. En 1986, Milton Bradley obtint la permission de fabriquer et de commercialiser le Scrabble aux États-Unis. Ironie du sort lorsqu'on sait que cette entreprise avait répondu par la négative à un certain Alfred Butts, 53 ans plus tôt.


Inconnu

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Lundi 13 août 2007
publié dans : Le Moyen-âge

Universite-au-Moyen-Age.gifLe terme « université » vient à la fois du latin juridique « universitas » signifiant « communauté » et du latin classique « universus » signifiant « totalité ». L'université désignait au Moyen-Âge chacune des institutions ecclésiastiques d'enseignement secondaire et supérieur, nées de la fusion des écoles cathédrales. Ces institutions ecclésiastiques jouissaient de privilèges royaux et pontificaux. Les premières universités apparaissent en Europe à Bologne, Italie et à Paris, France. Une polémique, ancienne s'inquiète de savoir qui de Bologne ou de Paris peut se prévaloir du droit d'aînesse. En fait, toute la difficulté pour les historiens consiste à définir L’émergence réelle du concept d'université. A la suite de Bologne et de Paris, de nombreuses villes d'Europe verront naître en leur sein des universités dont le prestige et la renommée se seront développés et renforcés au fil des siècles pour constituer aujourd'hui ces grandes institutions qui auront inspiré les universités du nouveau monde ainsi que celles d'Asie et d'Afrique.

 


 

Une lecture attentive du document portant création en 1257 à Paris, par Saint-Louis avec le soutien du Pape, d'un collège royal sur l’initiative de Robert de Sorbon, théologien et chanoine de Paris, montre à l'évidence qu'il s'agissait bien d'un contrat passé entre le pouvoir royal et l'institution nouvellement créée qui deviendra ensuite la Sorbonne en hommage à Robert de Sorbon. La mission du collège royal était pour l'essentiel l'enseignement de la théologie. De surcroît, la Sorbonne fit office de tribunal ecclésiastique jusqu'au 18ème siècle. Il apparaît ainsi à la lecture de ce document que les responsabilités initiales de la « nouvelle université » étaient de former une élite en soutien du pouvoir royal et des dogmes religieux établis.Universite-au-Moyen-Age.jpg

 


 

En échange, le roi garantissait aux enseignants (pour la plupart) des ecclésiastiques, des privilèges qu'il serait ridicule de qualifier au moyen des termes actuels d'autonomie ou de liberté académique. La tutelle du pouvoir royal et du pouvoir religieux était quasiment absolue. L'université de Paris était d'ailleurs appelée au Moven-Âge la « fille aînée des rois de France », par analogie avec la France, « fille aînée de l’Église ».

 


 

Cependant sur l’initiative d'universitaires éclairés, conscients du caractère plus large de leur mission et de leur responsabilité, se développèrent à travers toute l'Europe des enseignements moins officiels destinés à l'édification d'une jeunesse, certes restreinte et privilégiée mais ferment d'un progrès social et culturel qui mettra plusieurs siècles à s’affiner. L'Europe vit alors se développer un nouveau flux migratoire, celui des enseignants et des étudiants. Grâce à une langue universitaire commune, le latin, les échanges et la mobilité universitaires étaient facilités. Les enseignants et les étudiants, malgré des voyages difficiles et périlleux, n'hésitaient pas à se déplacer et les formations et les diplômes étaient pour l'essentiel reconnus d'une université à l'autre. Le concept de « nation » apparaît même à cette époque et désignait un groupe d'étudiants originaires d'une même région et qui se regroupaient afin de se soutenir mutuellement et de conserver les traditions, les coutumes et la langue de leur région d'origine.

 


 

Universite-au-Moyen-Age.jpgAinsi dès les débuts, apparaissent les concepts de mobilité académique, de reconnaissance des formations et de diplômes, et surtout celui d'échange et de coopération. En revanche les privilèges universitaires n'étaient garantis qu'à la condition qu'aucune contestation du pouvoir établi ne naisse à l'intérieur des universités et que les connaissances ne viennent en aucune manière contester les dogmes de l'Église catholique romaine.

 


 

De plus, les métiers ne s'enseignaient pas à l'université mais en dehors par le moyen de l'apprentissage ou du compagnonnage pour ce qui concerne l'artisanat et la plupart des métiers de l'époque. Enfin la recherche universitaire était pratiquement inexistante voire interdite en ce qu'elle pouvait constituer une menace pour les dogmes établis. Il s'agissait plutôt de conserver et d'approfondir les savoirs officiellement reconnus.

 


Jean-Pierre Aubin et Georges Haddad


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Mercredi 8 août 2007
publié dans : L'écriture
 
 
copiste.jpgAu moyen âge, et principalement jusqu’au XIIIe siècle le travail de copie des manuscrits était fait par des scribes, moines recopiant dans des scriptoria monastiques les textes latins et il s’agissait pour l’essentiel de textes religieux, didactiques et savants, aussi des œuvres classiques de la littérature latine ou des traductions en latin d’œuvres produites en grec ou en arabe.  Les clercs, les « lettrés », qui savent lire et écrire et commenter les textes sont à opposer aux laïcs qu’on désigne en latin par le terme illitterati (les illettrés). Un chapelain peut être un clerc lisant, par exemple, au service d’un seigneur « illettré » à qui il fait la lecture de textes en langue vernaculaire.
            La littérature de fiction et de divertissement en langue vulgaire était reproduite par des copistes, qui se trouvaient dans des lieux de production différents, curiaux ou urbains et commerciaux.
Le roi avait ses propres copistes. Il y en avait aussi dans les grandes cours seigneuriales comme celle, prestigieuse, des ducs de Bourgogne. 
            Les ateliers de copistes étaient nombreux dans les grandes villes universitaires telles que Paris, Lyon, Londres ou Montpellier, où les universités sont nées au début du XIIIème siècle, avec la montée de la bourgeoisie, et simultanément de la laïcisation et de la vulgarisation de la culture. 
            Ces ateliers ressemblaient un peu à nos maisons d’imprimerie modernes. Le support était la peau de mouton, parfois de chèvre, (le parchemin) qu’on pliait en 4 (on obtient un cahier in quarto) ou en 8 ( in octavo ) et qu’on rognait une fois le texte copié et les cahiers liés par la couture. Le vélin, lui, est un support fait de peau de veau. En touchant ces manuscrits, on peut sentir le côté lisse, côté chair, et celui plus rugueux, côté poil ; l’observation de l’alternance chair/poil permet de comprendre comment la peau a été pliée et de déterminer le cas échéant l’atelier de copie d’où provient le manuscrit.
Le texte à reproduire était soit lu à haute voix devant un groupe de copistes, soit plusieurs exemplaires existants étaient distribués aux copistes, soit sur un seul exemplaire que se passait les copistes, l’un commençait le travail, un autre prenait le relais (on obtient ainsi un manuscrit à plusieurs mains), soit enfin l’exemplaire était divisé en cahiers que les copistes se distribuaient (ce qu’on nomme le système de la pecia). Dans tous les cas, des erreurs de toute sorte étaient possibles. On a pu constater aussi qu’il y avait une périodicité correspondant à des moments de fatigue du copiste. Les sauts du même au même sont appelés « bourdons ».copiste-regle.jpg
On appelle « palimpseste » un manuscrit dont les pages ont porté successivement deux textes, le premier ayant été préalablement gratté afin de fournir un support vierge à un nouveau texte. Au moyen de la lampe dite de Wood on peut lire la trace du texte primitif qui ne se voit pas à l’œil nu. 
Les incunables sont apparus au XVe siècle, mais la copie de manuscrits a continué jusqu’au XVIIIe siècle.
 
Chantal Connochie
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Mardi 7 août 2007
publié dans : Contes et Légendes

 

Gambrinus, personnage légendaire, surnommé "le roi de la bière", a pour origine le roi Jean Ier qui a un jour fêté une victoire par un festin bien arrosé de cervoise.
A la fin du repas, il chevauchait un tonneau avec une  chope à la main, d’où le surnom de "Roi de la Bière"

Gambrinus habitait à Fresnes-sur-Escaut, une petite ville des Flandres, et il était amoureux de Flandrine, la fille de son maître qui était verrier, mais elle n’était pas amoureuse de lui.
 Il se mit à trembler, à ne plus bien jouer, et les habitants de Fresnes le mirent en prison pour tapage nocturne après l’avoir insulté et roué de coup.
Quand il fut libéré un mois plus tard, il voulut se  suicider mais avant de le faire, le Diable lui fit oublier Flandrine en échange de son âme 30 ans plus tard. Gambrinus accepta le pacte.

 Il joua à des jeux d’argent: il était devenu riche mais n’avait pas oublié la fille du verrier.

 Il rencontra de nouveau le Diable qui lui donna des graines pour planter le houblon pour la fabrication d’ une boisson appelée « bière » et des explications afin de construire un carillon auquel nul ne pourrait résister. 

Un jour il organisa une fête avec, entres autres, son carillon et de la bière.
 Les gens, en goûtant cette dernière, la trouvèrent fort amère. Il commença alors à jouer du carillon et les gens se mirent à danser.
 Ils dansèrent tellement qu’ ils étaient épuisés à la fin ( la vengeance de Gambrinus envers les habitants fut accomplie ). Ils se précipitèrent sur la bière pour se rafraîchir et se rendirent compte que plus on la buvait, plus elle était douce.
 La boisson se fit connaitre au delà des frontières du pays et le roi des Flandres , pour le récompenser de ce succès,
nomma Gambrinus Duc, Comte et Seigneur. Mais il préférait le titre de « Roi de la bière » que lui avaient donné les habitants de Fresnes.
 Peu de temps après, Flandrine se décida à lui parler mais il ne l’ avait pas reconnue et lui offrit d’ ailleurs à boire!

 Il l’ avait oubliée.
 
 Lorsque les trente ans furent passés et que le diable revint, Gambrinus joua alors du carillon pour l’ obliger à annuler le contrat jusqu’ à ce que le diable trouve cela insupportable, ce qui se produisit.
 Il vécut heureux cent ans encore, il continua à boire de la bière et à jouer du carillon.
 Lorsqu’ il mourut, on retrouva à sa place un tonneau de bière: c’ est pourquoi il n’ a pas de tombe.      

 Depuis 1998, Gambrinus est le géant de Béthune et sort dans les rues pendant le carnaval de cette ville du nord de la France .

    Gambrinus est le symbole des amateurs de bière, il représente la bonne humeur et la joie de vivre typiques des Flandres.

commentaires (0)    par Ronny Coutteure
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Lundi 6 août 2007
publié dans : Contes et Légendes

Avant que ma mémoire à son tour ne s'enlise et ne devienne une eau dormante, je veux vous dire la légende du Zwyn, cette rivière de mon pays que le sable étouffa.

En ce temps-là, le Zwyn enlaçait de ses eaux souples et vivantes des villes superbes où les vaisseaux du monde entier jetaient l'ancre chaque jour. Là, contre draps et velours, s'échangeaient les cargaisons lointaines de pierres et d'épices que l'Europe ensuite se partageait. Là, des princes fastueux donnaient d'incomparables fêtes où se déployaient librement le talent et le génie de tout un peuple d'artistes. Là, devant les établis et devant les métiers, devant les chevalets et devant les enclumes, s'épanouissait au rythme invariable des cloches et des carillons, dans le travail et l'opulence, un âge d'or tel que notre pays n'en avait jamais connu. Et tout cela, oui, tout cela disparut comme un songe le jour où le Zwyn étouffa.

La terre était féconde ; la rivière coulait, les vergers fleurissaient et le blé, le temps venu, poussait dru après les semailles... Qu'auraient-ils pu craindre les gens de chez nous? Les éruptions, les typhons, les tornades, les raz-de-marée et les tremblements de terre sont le lot des pays de soleil. Chez nous, si le ciel est plus bas, la vie est plus sûre... Du moins le pensaient-ils et la guerre elle-même, qui leur était familière, ne les effrayait pas. Ils se relevaient plus forts après la saignée et retrouvaient la paix comme on rentre chez soi. Hélas, comment auraient-ils pu imaginer que le destin de leurs villes allait dépendre d'un nuage?

En cette fin du XVe siècle, une brise imprévue dirigea vers nos terres un nuage étranger venu de l'horizon. Les hommes, courbés vers une terre aux fruits trop abondants, ne le remarquèrent point. Cependant, né de l'autre côté des flots, de mer Méditerranée et de père inconnu, ce nuage était d'un blanc étincelant, une espèce de nuage albinos comme il en traine au-dessus des déserts. A la fraicheur piquante et maritime des stratus qui s'effilent à l'horizon, il joignait la rondeur nacrée de nos gros cumulus. En un mot, c'était un nuage extraordinaire, nouveau, exotique, qui trainait derrière lui un insolite parfum d'eau de mer et de sable chaud.

Les nuages de chez nous le virent approcher avec curiosité et le regardèrent avec méfiance: d'où venait-il, que faisait-il, où allait-il, que voulait-il? Le nuage inconnu subit cet assaut avec un flegme que l'on trouva dédaigneux.

Avait-il réellement quelque dessin obscur? On en discute encore. Il semble toutefois, avec le recul du temps, qu'il était arrivé là par le plus grand des hasards. Quoi qu'il en soit, il ne put répondre aux questions qui lui étaient posées. Peut-être simplement ne comprenait-il pas la langue du pays, qui était belle, mais rugueuse et fort différente de la sienne. Peut-être la foule l'intimidait-elle. Peut-être était-il de nature secrète et silencieuse. Les autres nuages pensèrent qu'il leur était hostile puisqu'il ne disait rien. Sa couleur laiteuse, sa forme superbe, son exotisme, tout fut critiqué, tout déplut. On l'appelait «le Corse», «le légionnaire» ou encore «le Persan» et comment diable pouvait-on être Persan?

Le nuage étranger n'avait cure du trouble qu'il semait à son insu. Il admira vite la terre féconde et riche qu'il surplombait et, quand il fut mûr et gonflé à point, il voulut joindre son eau à celle des autres nuages et enrichir avec eux cette terre d'Occident qu'il avait adoptée. Les nuages du pays s'insurgèrent. Comment! Une pluie étrangère sur ce sol bien à eux! Ils repoussèrent le grand nuage.

Une fois, deux fois, trois fois, celui-ci renouvela sa tentative. Puis un jour, de lassitude, il s'éleva très haut dans le ciel et ne bougea plus. Les autres furent satisfaits: le sol ne serait pas pollué. Et, comme l'étranger ne bougeait plus, on le laissa tranquille, puis on l'oublia...

Tout seul, là-haut, le nuage albinos se mit à réfléchir. Que pouvait-il faire d'autre ? Aucun souffle ne le poussait plus, il demeurait immobile. Il observait la mer, les terres battues des vents, les champs, les campagnes. Il devint savant. Il apprit le mouvement des astres et celui des marées. Il suivit le cours des rivières et celui, plus lent, des grands fleuves. Il admira la splendeur vivante de nos cités, la beauté des beffrois et celle, fugitive, de notre ciel mouvant. Par-dessus tout il aima nos dunes qui lui rappelaient le chant du désert. Une fois encore, dérivant vers le sol, il essaya d'exprimer son amour et ses connaissances, mais les nuages le repoussèrent avec la même obstination. Aussi ne revint-il plus. Mais, de temps à autre, quand la nuit était claire et la plage déserte, il descendait et s'étendait sur le sable, comme une brume. Dès que l'aube s'étirait sur la mer, il remontait lentement, emportant avec lui un peu de notre sol, un peu de notre terre.

Les années passèrent. Le nuage vieillit. Il aurait voulu finir ses jours près des flots qui l'avaient vu naitre, mais il était trop tard, les forces lui manquaient pour entreprendre le voyage. Il regarda, nostalgique, passer les oiseux migrateurs et les fixa si longtemps dans le soleil que sa vue s'obscurcit. Il eut envie de pleurer, mais s'aperçut alors que le grand âge et la tristesse l'avaient desséché. Ses dernières gouttes venaient de s'évaporer dans la lumière. Il ne contenait plus désormais que le sable qu'il avait arraché aux dunes. Alors, impuissant et désolé, le nuage descendit doucement à l'aveuglette...

Il voulut se coucher sur la plage, mais le vent le poussa vers l'intérieur des terres. Le nuage comprit, juste avant de mourir, qu'il allait faire le malheur de ce sol que, jadis, il avait tant désiré enrichir. Il fit un effort suprême pour s'éloigner de lui en direction des dunes, mais le vent le plaqua au cœur de l'estuaire...

Voilà comment le Zwyn s'ensabla et comment s'endormirent, pétrifiées, au bord de leurs eaux mortes, de vivantes cités que rien n'aurait pu vaincre, mais qu'un nuage albinos étouffa.

 

commentaires (0)    par France BASTIA
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Dimanche 5 août 2007
publié dans : Hommes ayant marqué l'histoire
Saint Pixel est né vers 1096 (ou 1099) dans un petit village de Bretagne, près de la Forêt de Brocéliande. Son vrai nom était Charles Pierron ou Pierran. La majorité des érudits et historiens s'accordent sur ses origines paysannes alors que d'autres chercheurs, en particulier Louis de Villefort, affirment que son père était tailleur de pierres.
 
De même, sa date de sa naissance est contestée par Grégoire Frédor dans son fameux livre référence paru en 1803, 'Vie des Saints'.
 
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Saint-Pixel était le dernier d'une famille de quatre frères. Nous savons que l'enfance de Saint-Pixel fut une période bénie, époque de première contemplation du spectacle de la nature. Il passa ses premières années à l'ombre des pommiers et des chênes de sa Bretagne natale, dans un petit village rayonnant de verdure. Dés son plus jeune âge, il développa une grande capacité d'observation qui lui servit plus tard pour la réalisation de son œuvre. Godefroy de Carentan raconte qu'il était fasciné par le vol des oiseaux, par les arabesques sur les ailes des papillons ou sur les plumes des volatiles ou même par les marbrures sur les rochers. Il pouvait rester des heures sans bouger, pour distinguer tous les détails et les infimes dessins posés sur les ailes des insectes. C'est à cette époque qu'il commença à avoir une fascination pour les coccinelles.
 
A l'âge de cinq ans sa vie changea. Sa mère mourut. Le jeune Saint-Pixel assista en silence à sa longue agonie, assis au bout du lit de l'être cher. Il est certain que cette période le marqua à jamais. Il resta avec son père et ses trois frères dans la misérable chaumière et travailla alors à tous les travaux de la campagne. Ils vivaient la vie misérable des cerfs de cette époque, corvéables et taillables à merci. Il fallait gagner une maigre pitance par un travail long et laborieux. Par chance, le seigneur du village était un homme très bon et très généreux qui laissait ses cerfs en paix. Une légende veut que le jeune Charles ait toujours été d'une gentillesse naturelle, résistant aux agressions de la vie par la douceur de son regard. On pense qu'un de ses frères devint plus tard un des plus grands maîtres d'armes de la cour de Louis VII le Jeune, sous le nom d'Alexis Pierran. Mais rien n'est moins sûr.
 
            A l'âge de 10 ans le jeune Saint-Pixel tomba éperdument amoureux d'une jeune bretonne de trois ans son aînée, dont nous n'avons que le prénom, Ygerne. Elle vivait dans le même village et Saint-Pixel était attiré par sa peau laiteuse, ses cheveux blonds, et tous les petits points de varicelle qui égrainait sa peau. Ces points marrons clairs étaient pour lui une véritable fascination. Ils lui rappelaient les ailes des coccinelles. Le jeune Saint-Pixel passait des heures, couché dans les champs à côté de sa douce amie, à observer sa peau et ses innombrables taches de couleurs. Ygerne était sûrement d'origine celte, descendante d'un de ces Bretons de l'île de Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), venus vers 400 après J.-C. pour s'établir en Petite Bretagne (Bretagne continentale, France). On pense qu'il la représenta plus tard sur une de ses plus fameuses enluminures, 'Vie rurale en Bretagne'. Le thème de la femme blonde réapparaîtra par intermittence tout le long de sa vie. Pierre Chimay, historien et critique d'art, a fait une magnifique étude sur le thème de la femme blonde, sorte de fantasme récurent dans l'enluminure.
 
moines2.jpgSaint-Pixel était éperdument amoureux d'Ygerne. Mais la douce enfant mourut trois ans plus tard pendant la fameuse épidémie de choléra de 1112. Saint-Pixel, alors âgé de 13 ans tomba dans une profonde déprime. Ygerne ayant été le seul grand amour de sa vie, on peut penser qu'il sublima cette relation éphémère dans son art et dans la contemplation des coccinelles qui lui rappelaient la peau de Ygerne.
 
Après la mort d'Ygerne, il était au bord du suicide. Même l'observation de la nature ne l'intéressait plus. Il ne sortait presque jamais de la pauvre demeure. Les temps étaient durs et ses frères voulurent le chasser, ne désirant pas nourrir une bouche inutile. Il se mit alors à fréquenter l'église de son village, où il passait des heures à observer des artisans qui décoraient les murs. Peu à peu il se mêla à eux, délaissant les travaux des champs. Il commença humblement par apprendre à mélanger les couleurs, par reconnaître les différentes terres et substances naturelles utilisées dans la préparation des pigments. Un jour, il s'essaya à dessiner sur un mur. Il comprit tout de suite que sa voie était dans le dessin et la représentation des scènes fantastiques. Il surprit tous les moines par son talent et sa dextérité à dessiner et à peindre. Il est à penser qu'il se surprit lui-même d'un tel talent. Il n'avait que treize ans.
 
 
 
A quelques temps de là, sûrement à l'âge de quatorze ou quinze ans, il perdit son père. L'historien Grégoire Frédor, dans son fameux livre, affirme que le pauvre homme fut dévoré par une horde de loups. C'est tout à fait possible. En effet, l'événement, s'il nous semble horrible aujourd'hui, était monnaie courante au XIIe siècle. Les gens mourraient jeunes, souvent avant quarante ans, et la plus part du temps de maladies, fatigues ou famines. Les loups venaient souvent jusqu'aux abords des villes et entraient la nuit dans certains quartiers pour attaquer les habitants égarés. Saint-Pixel vivait aux bords de la forêt de Brocéliande, bien plus étendue à l'époque qu'aujourd'hui et véritable réserve de faune sauvage. Godefroy de Carentan, pour sa part, parle de la mort du père par la morsure d'un chien enragé. On pense que c'est à cette époque que Saint-Pixel commença à avoir une véritable aversion pour les loups.
 
Saint-Pixel fut alors recueilli par un homme d'église connu sous le nom de l'Abbé Damien. On pense que ce prêtre officiait dans un village voisin. Il avait remarqué lui aussi le talent prometteur du jeune Saint-Pixel. Il lui assigna une petite pièce au sol en terre battue, accolée à sa demeure. Saint-Pixel devait se lever tôt pour assister aux matines, puis devait s'occuper de la demeure du prêtre, faire de menus travaux, pour avoir en échange accès à de précieux grimoires. Sa principale occupation les jours de grand soleil était la décoration des murs de l'église. Elle était située vers le village actuel de Tréhorenteuc, près de la Forêt de Brocéliande, en Bretagne, mais on pense qu'elle a brûlé à la Révolution. Il passait aussi de longues nuits plongé dans la lecture de vieux parchemins. Dans la journée il consacrait aussi une partie de son temps à dessiner des scènes de la nature sur de petits morceaux de parchemins.
 
Son bienfaiteur lui appris à lire et à écrire. Il l'initia aux pratiques et rituels religieux. Le jeune Saint-Pixel décida à l'âge de dix sept ans de porter les habits sacerdotaux. Il était très croyant, et pensait pouvoir trouver son chemin dans la foi et l'église. Il commença à aider l'abbé pour servir la messe, puis il officia à son tour dans une petite chapelle à côté de l'église.
 
Quand il atteint l'âge de vingt-trois ans, l'abbé Damien mourut. Saint-Pixel une fois de plus se retrouva dans un profond état de désespoir. Une seule voie s'ouvrait à lui, le refuge total dans l'Eglise catholique. On pense qu'il hésita entre la vie d'ermite et celle de moine dans un monastère. Il décida de quitter la vie publique et partit à pied, muni d'une recommandation d'un notable de son village pour le monastère du Bec, en Normandie. Ce monastère était renommé car Saint Anselme, le plus grand théologien du XIe en fut abbé en 1078 Il était célèbre pour le fameux 'argument de Saint Anselme', sur l'existence de Dieu, repris au XVIIIe siècle par le philosophe Descartes. Le voici en résumé : 'J'ai dans ma pensée l'idée d'un être parfait qui s'appelle Dieu. Mais si cet être n'avait pas l'existence, il aurait toutes les qualités sauf la principale, l'existence, donc il ne serait pas parfait. Il faut donc conclure qu'il existe'. La communauté des moines du monastère du Bec était protégée par les seigneurs locaux. Le jeune novice Saint-Pixel, encore appelé en ce temps, Frère Charles, se fondit dans l'anonymat de la communauté des moines. Il se consacra alors à la prière et dédia une grande partie de son temps à l'étude des Saintes Ecritures et aux travaux de la communauté.
 
 
Il était fasciné par les murs du monastère, surtout par toutes les petites taches sur les murs de sa cellule. On sait par des archives et des témoignages retranscrits par Godefroy de Carentan, qu'il restait assis de longues heures sur le bord de sa paillasse à contempler les différences de couleurs sur le mur. C'est à cette époque qu'il eut ses premières visions, toujours la nuit, souvent des représentations de ciels magnifiques, peuplés d'oiseaux gris, blancs ou noirs. Il commença à prendre des notes pour essayer de retranscrire en couleur ces paysages fantastiques. Un grand nombre de ses travaux ultérieurs sortirent directement de ses rêves et de son cerveau. Saint-Pixel commença à avoir des visions même pendant le jour et il annotait tout afin de s'en servir ultérieurement.
 
Le père supérieur remarqua un jour ses petits croquis sur du parchemin et des esquisses sur le mur de sa cellule. (L'historien Alexis de Tours raconte que ces dessins pouvaient encore être vus au début du XVIIIe siècle sur les murs d'une cellule au monastère du Bec, avant le grand incendie de 1760). Surpris, l'abbé lui demanda qui lui avait appris à dessiner aussi bien. Quand il sut que ce talent était inné, il lui conseilla d'intégrer l'atelier d'enluminures du monastère. En effet, quelques moines peu doués de talent essayaient en vain de représenter des scènes religieuses sur des parchemins de mauvaises qualité.
 
Saint-Pixel rejoignit alors cette petite équipe de moines travailleurs. Il commença par appliquer aux peintures certaines techniques qu'il avait vu employées par les peintres dans les chapelles bretonnes. Ces secrets, dont certains ont disparus à tout jamais au fil des siècles, donnèrent des résultats formidables sur l'éclat des couleurs et la luminosité des tons inventés. Il réussit à se procurer les terres et pierres de couleurs nécessaires aux préparations de pigments. En parallèle, il mit au point une technique pour représenter en 'à plat' des scènes religieuses ou des scènes bucoliques. Il faut se souvenir que les techniques de la perspective n'avaient pas encore été inventé. Il faudrait attendre encore plus de quatre siècles. Saint-Pixel se désespérait de ne pas pouvoir représenter exactement ce qu'il imaginait ou même ce qu'il voyait face à lui.
 
Pendant ses premières années en tant que moine enlumineur, il se distingua par son assiduité au travail et son immense talent. Il pouvait travailler plus de quinze heures par jour, mangeait peu et dormait sur un lit dur, dans une cellule sans confort. Alexis de Tours nous parle dans son ouvrage 'Histoire du Moyen Age' de 'la vie dure et austère qu'endura Saint Pixel au monastère du Bec'.
 
On connaît de cette première époque la fameuse série 'Scènes de la Bretagne profonde', quinze enluminures de 1127, conservées à la Bibliothèque Nationale de France et la série de cinq enluminures de 'La passion du Christ', sauvée du grand incendie de 1760 et qui sont gardées précieusement au château de Josselin, dans le Morbihan. C'est sur la première série qu'apparaissent les coccinelles et les femmes blondes, thèmes que nous retrouvons dans toute l'œuvre de Saint-Pixel.
 
Guy de Balleroy explique dans son livre 'Art Sacré au Moyen Age' que 'les moines passaient la plus grande partie de leur temps à se disputer sur l'intérêt de la lettrine'. Les lettrines avaient pris une telle importance en trois siècles qu'elles pouvaient remplir une seule page. Certaines congrégations d'enlumineurs ne voulaient faire que de la lettrine, portant cette forme typographique au pinacle, alors que d'autres moines désiraient les abolir purement et simplement. Saint Pixel faisait partie de cette seconde école qui prévalue définitivement à partir de 1245.
 
Saint-Pixel travailla pendant plusieurs années à la réalisation d'enluminures et à la décoration de parchemins. Il donna de la dynamique à la ligne et aux traits et rassembla ses motifs en composition pour réaliser de magnifiques ornements. Ses travaux ne sortaient presque pas du monastère à part comme rares cadeaux à des seigneurs de Bretagne ou de Normandie. Il faut se souvenir que depuis le VIIIe siècle les moines ne voulaient plus propager le christianisme à travers l'enluminures chez les païens.
 
En parallèle il développa ses visions et commença à remplir de nombreux carnets. Toutes ses visions se retrouvent sur ses enluminures. On a pu observer d'étranges objets sur les rares pièces qui survécurent aux incendies ou révolutions. Les coccinelles sont aussi toujours très présentes, souvent de façon discrète, souvent envahissant entièrement le premier plan de l'enluminure. Dans ses paysages fantastiques on découvre aussi des femmes blondes dans les nuages ou entre les arbres.
 
 
A l'âge de 28 ans, après six ans passés au monastère du Bec, il décida de voyager. Il voulut connaître d'autres cieux et paysages. De nombreux visiteurs lui avaient parlé de la beauté et de l'éclat du ciel en Europe du sud. Accompagné de deux jeunes novices, il se dirigea d'abord vers l'évêché de Limoges. La renommée de Saint-Martial n'était plus à faire. De plus, ce grand centre névralgique était une merveilleuse cité où les maîtres céramistes et doreurs produisaient de magnifiques pièces. Il arriva à Limoges en 1125 et y resta un an et demi. C'est dans cette ville qu'il eut ses secondes visions, connues par les spécialistes de l'Eglise comme 'Les visions limougeaudes de Saint Pixel'.
 
On croit savoir, par les écrits de René de Bellac (en particulier dans 'Santorum Limousi Est', 1215), que Saint-Pixel, comme tous les voyageurs de l'époque, 'vivait prés de la Vienne, dans des sortes de catacombes humides et peu éclairées'. Il avait tous les soirs des 'visions terribles d'images qui se transforment, paysages aux couleurs saturées, violentes et crues'.
 
René de Bellac raconte plus loin dans le même ouvrage que 'Saint-Pixel voyait dans ces catacombes l'antre des loups et des maladies'. Il raconte que les moines rentraient tous les soirs de leurs longues promenades contemplatives 'en frôlant les murs, tels des fantômes fatigués de trop travailler sur leurs images et enluminures'.
 
Puis, après presque deux ans passés à Limoges à travailler sur les pierres précieuses et l'enluminure païenne, Saint-Pixel et ses deux compagnons se dirigèrent vers la Méditerranée. Plus ils descendaient vers le sud, et plus le ciel leur paraissait merveilleux et limpide. Il leur arrivait de s'arrêter en chemin et de déballer leur attirail de couleur et de pinceaux pour en saisir toute la beauté. Saint-Pixel devint alors un expert pour reproduire l'azur.
 
Ses deux compagnons lui donnèrent alors le surnom de Frère Pique Ciel, qui serait devenu plus tard, Frère Pic Ciel, puis Frère Pixel… Jusqu'à cette époque il était connu sous le nom de Frère Charles, mais les moines aimaient bien se donner des surnoms.
 
Godefroy de Carentan a une autre explication. Il écrit dans sa 'Vie de Pixel, moine et enlumineur' que ce nom viendrait du fait que Saint-Pixel adorait le sel. Il en était gourmand et en consommait de grandes quantités. Mais au Moyen Age le sel était une denrée chère. Il en chapardait souvent au réfectoire du monastère, d'où le surnom de Frère Pique Sel, devenu Pixel.
 
Pendant ce voyage de sept semaines vers la ville de Marseille, ils furent attaqués une seule fois par une bande de gueux affamés qui les menacèrent de leurs bâtons. Saint-Pixel calma les malheureux par de douces paroles et la seule force de son regard.
 
Arrivé aux abords de la mer, Saint-Pixel changea d'avis et se dirigea seul vers l'Espagne. Il passa la frontière catalane et entra dans ce pays dont il avait souvent entendu parler par des pèlerins. Une grande partie du pays était encore tenue par les Maures. Il visita Barcelone et Zaragoza. On sait qu'il fut hébergé pendant plus d'un an à l'abbaye de Fuenteviva, où il appris l'espagnol et étudia des textes anciens. Antonio Morales Sanz, dans son fameux livre, 'Castilla y Catalunya en Edad Media', paru à Barcelone en 1605, raconte que Pixel vivait à Fuenteviva, monastère où 'il trouva le repos et un très bon climat pour l'étude et la contemplation'.
 
Dans ce pays, dont au début de son séjour il ne parlait pas la langue, il eut des visions de mondes étranges, peuplés d'êtres à la peau bronzée, d'oiseaux multicolores et magnifiques, de fruits et de plantes inconnues. Il passait pour un original au prés des moines espagnols. Il dormait dans des monastères ou chez des habitants généreux voulant se racheter par cette bonne action. On retrouve sa trace en 1130 au monastère de Santa Lucia, près de Vitoria, puis au Monasterio Santa Clara de Medina de Pomar, au nord de Burgos, en Castille, où son nom apparaît sur une liste de moines datée de 1131.
 
Grégoire Frédor explique dans son livre que Saint Pixel rencontra à Santa Clara les plus grands théologiens du XIIe siècle. A leur contact il s'instruisit en botanique, astrologie, mathématique. On peut pense qu'il s'initia même à l'alchimie. Pour ce qui est de cette dernière science, les experts ne sont absolument pas d'accords. On a cependant retrouvé en 1965, dans une église au nord de Burgos, deux enluminures apocryphes, attribuées à Saint-Pixel pour les teintes et les motifs employés. Elles représentaient deux moines pratiquant l'alchimie, dans un paysage bucolique et sous un ciel d'un bleu éclatant. On a surtout pu facilement les identifier par une coccinelle peinte en premier plan. Malheureusement les deux œuvres ont disparues depuis, sûrement volées ou revendues à de riches particuliers. Des rumeurs dans le milieu des collectionneurs d'art signalent qu'elles auraient été retrouvé en 1998 près de Burgos, mais rien n'est officiel.
 
Au XIe siècle le style roman influença fortement la production d'enluminures mozarabe (art des Chrétiens d'Espagne soumis à la domination arabe ou influencé par la culture islamique). Un certain Petrus signa une Apocalypse qui se trouve à la Bibliothèque de la cathédrale de Borgo de Osma et dont l'enlumineur se nomme Martinus. Parmi les illustrations concernant l'Apocalypse, certaines ne se rapportent qu'au commentaire, elles ont un véritable caractère encyclopédique. On y trouve souvent des représentations stylisées de coccinelles, de ciel bleu, d'êtres étranges, semblables à des insectes, aux yeux énormes et aux gestes stéréotypés. La palette des teintes à elle seule, avec ses tons jaune soufre, brun rouge, bleu noir et lilas, recèle une puissance mystérieuse que l'on retrouve aussi dans les rares œuvres de Saint-Pixel qui sont parvenues jusqu'à nous. Pouvons-nous y voir là une réelle influence de Saint-Pixel ?
 
Sur les chemins espagnols il ne fut inquiété qu'une seule fois par les brigands de grands chemins. Par la force et la beauté de son regard il réussit une fois de plus à convaincre ses agresseurs de ses bonnes intentions. De plus il n'avait presque aucune fortune personnelle, si ce n'est ses cahiers, ses malheureux habits et son bâton de pèlerin. La légende veut qu'il resta avec eux plusieurs jours, pour observer la nature, écouter le chant des oiseaux et vivre une vie contemplative. Il remonta ensuite vers la France. Il traversa les Pyrénées à pied, aidé par les bergers basques qui en cette époque étaient en paix avec la France. Revenu près de Bayonne, il remonta vers Toulouse avec le but de rejoindre les terres cathares. Il s'arrêta à Cominges au pied des Pyrénées. A cette époque, la cathédrale romane et son cloître sont encore en construction et la cité ne porte pas encore le nom de Saint-Bertrand-de-Cominges. On sait que de nombreux visiteurs s'arrêtaient sur cette route pour voir le chantier et connaître toutes les nouvelles techniques mises en œuvre dans cette construction. Il marcha encore pendant plusieurs jours pour rejoindre les terres cathares.
 
On perd alors sa trace pendant plus de deux ans. On pense qu'il vécut la vie austère des moines cathares près du château de Montségur, en Ariège, autant attiré par la philosophie rigoureuse des parfaits que par rejet de toute une hiérarchie catholique qui commençait à être sérieusement corrompue. On pense qu'il essaya de rentrer dans le mouvement cathare. Le mot 'cathares' vient d'un mot grec qui signifie purs. Les historiens s'accordent pour penser que sa recherche de la pureté dans la couleur passait immanquablement par une recherche sur la pureté spirituelle.
 
Mais l'austérité de cette vie n'était sûrement pas faite pour lui plaire indéfiniment. Il ressentait aussi un profond besoin de voir des femmes blondes. Sa quête artistique le força à partir plus vers l'est. Son chemin devait évidemment le conduire jusqu'en Toscane. Mais au XIIe siècle la Toscane n'était pas encore celle de la Renaissance, celle qui nous vient tout de suite à l'esprit, la Toscane de Piero dela Francesca, de Michel-Ange ou de Machiavel. Saint-Pixel appris quelques mots de toscan et s'imprégna des magnifiques paysages inchangés depuis des siècles. On retrouve ces paysages toscans dans quelques enluminures de cette époque. On voit aussi souvent apparaître le thème des animaux sauvages, loups, ours, aigles, marmottes, ou parties du corps humain, bras, jambes, mains. En Toscane il se consacra encore à peindre des enluminures sur des incunables en latin ou en toscan. On pense qu'il rencontra Ferdinand Malignus, et même Frederico Pietri, deux des plus grands alchimistes et coloristes du Moyen Age. (Le grand chroniqueur toscan Vicente Pardini démontre qu'en 1132 Frederico Pietri rencontra de nombreux artistes liés à l'église, surtout des copistes et des enlumineurs).
 
En 1133, à l'âge de trente sept ans, et après avoir vécu trois ans dans un petit village de Toscane, Saint-Pixel décida de revenir vers la Normandie. Il n'a pas oublié le monastère du Bec. Le voyage du retour dura deux longues années. Il fut bloqué par l'hiver dur et rigoureux en entrant en France. Il passa alors trois mois au-dessus d'Aix-en-Provence, logé chez un riche seigneur, Antoine de Villars. Chez ce riche mécène ses visions recommencèrent. Il voyait souvent des points de couleurs apparaître devant ses yeux. Il devait les fermer longuement pour retrouver une vue normale. Tous ces points en formes de petits carrés semblaient découper les objets ou les personnes, comme un quadrillage ou un dallage coloré.
 
Il vécut encore quelques mois prés des volcans d'Auvergne, à la Basilique Notre-Dame d'Orcival en cours de construction. Orcival était un ancien foyer de résistance celtique où demeuraient encore d'anciennes traditions et croyances païennes. Il s'appliqua à organiser l'atelier d'enluminure, donnant des cours aux novices et dispensant quelques-uns de ses secrets.
 
 
 
Revenu en Normandie, à l'âge de trente neuf ans, Saint-Pixel retrouva le monastère du Bec. Les moines ne l'avaient pas oublié, au contraire. Sa célébrité en tant qu'enlumineur était revenue en Normandie avant lui. Il fut presque accueilli comme un héros. Mais Saint-Pixel reprit humblement ses activités d'enlumineurs au sein de l'atelier du monastère. Il s'avéra que le moine responsable de l'atelier mourut trois mois après son retour, dans des circonstances étranges. On retrouva son corps criblé de petits points de couleurs. Saint-Pixel fut chargé de s'occuper et de réorganiser le petit atelier. Il passa plusieurs mois à former les quelques moines et à lancer de nouveaux projets.
 
Saint-Pixel avait toujours des visions fantastiques. Surtout le soir avant de s'endormir. Un jeune novice était spécialement chargé de surveiller le moment où Saint-Pixel commençait à décrire des paysages fabuleux ou des scènes étranges. Ces visions se terminaient toujours par les mêmes mots énigmatiques, devenus célèbres depuis, et rapportés par René de Bellac, 'Les points se rassemblent, forment des points plus grands, tout devient trouble, c'est flou…'. En général, à cet instant, Saint-Pixel se réveillait et demandait du cidre. A son réveil il ne se souvenait jamais de ses propos de fin de visions. Les moines, interloqués, se demandèrent souvent si Saint-Pixel n'était pas revenu dérangé de son long voyage en Europe. Ils en vinrent même à penser qu'il était peut-être habité par le Malin. Mais la renommée de Saint-Pixel commençait à sortir du monastère et ses enluminures se monnayaient bien chez les seigneurs de Normandie et de Bretagne. On parlait de lui jusqu'à Paris. Pour la réputation et l'intérêt du monastère, on garda secret ses petits troubles et dérangements.
 
Il passait ses journées à travailler sur ses œuvres, exploitant le jour ses visions de la nuit. Plusieurs moines et novices accomplissaient les travaux subalternes. Ils préparaient les parchemins et les couleurs, dessinaient les motifs selon les indications du maître, posaient les ors et les fonds. Saint-Pixel faisait les finitions, travaillait les visages et les carnations, posait le cernage et les rehauts. Son œuvre de cette période renferme d'étranges femmes blondes vêtues d'habits rouge à points noirs rappelant les ailes des coccinelles.
 
 
 
A l'âge de 51 ans, il décida de repartir en voyage. Il voulait revoir le ciel incroyablement bleu des bords de la Méditerranée. Bien mal lui en prit. La seconde croisade, organisée par le roi Louis VII et par l'empereur d'Allemagne Conrad III venait de commencer. Des troupes militaires et civiles rejoignaient les régions du sud-est de la France. Les chemins étaient peu sûrs, car nombre de vandales et de bandits de grands chemins en profitaient pour piller les Croisés. Avant d'arriver à Fougères, Saint-Pixel et ses trois compagnons qui l'accompagnaient furent attaquer par des brigands qui voulaient surtout leur voler leurs mules.
 
Saint-Pixel essaya de les amadouer, mais rien ne put faire fléchir ces bandits. Un des moines qui voulait absolument garder sa mule reçu un coup de fourche dans la ventre. C'est en essayant de lui porter secours que Saint-Pixel reçu à son tour un coup de bâton derrière la tête. Les voleurs se jetèrent sur les sacs des quatre moines. Les brigands s'énervèrent en découvrant que les sacs ne contenaient aucun trésor ni aucune richesse, mais des peintures, des pinceaux et des parchemins.
 
Ils forcèrent Saint-Pixel et son dernier compagnon encore vivant à avaler le contenu des pots de couleur. Saint-Pixel fut contraint de boire les préparations chimiques et colorées. Beaucoup de ces produits étaient extrêmement dangereux pour la santé. Certains contenaient des substances nocives et vénéneuses. Le tout se mélangea dans son estomac et il commença à avoir d'atroces souffrances. Il se mit à vomir, à cracher, à tousser. Il souffrit le martyre pendant plusieurs heures. Ses yeux se révulsèrent, sa langue pendait hors de sa bouche, noire et enflée. Il hurla quand les peintures attaquèrent ses boyaux et ses reins. Il demanda du cidre ou de l'eau sous les quolibets de ses bourreaux. Son calvaire dura tout un après-midi.
 
Les voleurs s'enfuirent à l'approche d'une patrouille de soldats qui partaient pour la croisade. Saint-Pixel, quasiment inconscient, fut amené dans une masure voisine. Son corps devenait étrangement coloré, des taches multicolores apparaissaient d'abord sur son visage, puis sur tout son corps. Ses taches semblaient se déplacer très vite. Elles changeaient de couleurs en se croisant. On aurait dit des tatouages bougeant sous sa peau. Les soldats crurent à un envoûtement, à un phénomène maléfique. Ils firent appeler des moines d'une abbaye voisine. Un d'eux reconnu Saint-Pixel. Sa bouche continuait à baver une écume blanche, striée de rayures multicolores. Les moines ne se prononcèrent pas et firent appeler un prêtre exorciste. Mais celui-ci cru reconnaître la présence du diable et s'enfuit sur le champ.
 
En début de soirée, Saint-Pixel, posé sur un grabat dans une masure insalubre, repris un peu connaissance et prononça ses dernières paroles, devenues mythiques par la suite : 'Les coccinelles se rassemblent…, tout devient trouble…, c'est flou…'. Puis il sombra dans un profond coma.
 
Saint-Pixel mourut deux jours plus tard, sans avoir repris connaissance.
 
Son corps fut ramené au monastère du Bec et enterré dans le petit cimetière, à quelques mètres de son atelier. La nouvelle de sa mort causa une grande surprise dans la région et la ferveur populaire commença à répandre le bruit que Saint-Pixel avait fait des miracles.
 
Il est vrai que toutes les enluminures que les moines approchaient de sa sépulture se chargeaient de petits points carrés. Elles se simplifiaient, comme si l'artiste avait tout peint à base de carrés, comme si les différentes zones de couleurs se regroupaient en formes géométriques régulières. René de Bellac explique que ce phénomène provenait des visions de Saint-Pixel, visions encore présentes entre les murs du monastère, peintes sur les enluminures. La populace, toujours avide de croyances, s'empara du mythe de Saint-Pixel et parla de plus en plus des miracles de Saint-Pixel, ou 'miracles des points'. En effet, certains phénomènes inexpliqués, comme la transformation de peintures sur les murs, la disparition d'objets ou de personnages dans un tableau, et surtout, des peintres qui se remettaient au travail après des années de déprime lui furent attribués.
 
 
 
            Mais en cette période de l'Histoire la foi tenait à peu de chose. Soixante ans après sa mort, Saint-Pixel était oublié de tous. Il tomba dans l'oubli, comme ses techniques pour peindre les paysages. Ses restes furent conservés jusqu'en 122