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Les Petits Potins de L'Histoire

Les Petits Potins de L'Histoire

Bienvenue sur "Petits Potins de L'Histoire" J'espère que vous prendrez plaisir à me lire .... N'hésitez surtout pas à me proposer des idées ou de créer vous même un article, je mettrai en ligne avec plaisir...


Marquis de Sade - Justine ou les malheurs de la vertu (14eme épisode)

Publié par Marquis de Sade sur 19 Mai 2007, 09:36am

Catégories : #Le Marquis de Sade - Justine

Mais Cœur-de-Fer, qui ne paraissait pas d'humeur à m'en accorder davantage ni à suspendre ses désira, m'invectiva en me frappant d'une manière si brutale, que je vis bien que l'obéissance était mon dernier lot. Il se plaça dans les mains de la Dubois, mise par lui à peu près dans le même désordre que le mien, et dès que je fus comme il le désirait, m'ayant fait mettre les bras à terre, ce qui me faisait ressembler à une bête, la Dubois apaisa ses feux en approchant une espèce de monstre, positivement aux péristyles de l'un et l'autre autel de la nature, en telle sorte qu'à chaque secousse elle dût fortement frapper ces parties de sa main pleine, comme le bélier jadis aux portes des villes assiégées. La violence des premières attaques me fit reculer ; Cœur-de-Fer, en fureur, me menaça de traitements plus durs si je me soustrayais à ceux-là ; la Dubois a ordre de redoubler, un de ces libertins contient mes épaules et m'empêche de chanceler sous les saccades ; elles deviennent tellement rudes que j'en suis meurtrie, et sans pouvoir en éviter aucune.


- En vérité, dit Cœur-de-Fer en balbutiant, à sa place, j'aimerais mieux livrer les portes que de les voir ébranlées ainsi, mais elle ne le veut pas, nous ne manquerons point à la capitulation... Vigoureusement... vigoureusement, Dubois !...
Et l'éclat des feux de ce débauché, presque aussi violent que ceux de la foudre, vint s'anéantir sur les brèches molestées sans être entrouvertes.


Le second me fit mettre à genoux entre ses jambes, et pendant que la Dubois l'apaisait comme l'autre, deux procédés l'occupaient tout entier ; tantôt il frappait à main ouverte, mais d'une manière très nerveuse, ou mes joues ou mon sein ; tantôt sa bouche impure venait fouiller la mienne. Ma poitrine et mon visage devinrent dans l'instant d'un rouge de pourpre... Je souffrais, je lui demandais grâce, et mea larmes coulaient sur ses yeux ; elles l'irritèrent, il redoubla ; en ce moment ma langue fut mordue, et les deu

 

Le parjure est vertu quand on promit le crime,

 


a dit un de nos poètes tragiques ; mais le parjure est toujours odieux pour l'âme délicate et sensible qui se trouve obligée d'y avoir recours. Mon rôle m'embarrassait.
Quoi qu'il en fût, je me trouvai au rendez-vous ; le comte ne tarde pas à y paraître, il vient à moi d'un air libre et gai, et nous avançons dans la forêt sans qu'il soit question d'autre chose que de rire et de plaisanter, comme il avait l'usage avec moi. Quand je voulais mettre la conversation sur l'objet qui lui avait fait désirer notre entretien, il me disait toujours d'attendre, qu'il craignait qu'on ne nous observât, et que nous n'étions pas encore en sûreté ; insensiblement nous arrivâmes vers les quatre arbres où j'avais été si cruellement attachée. Je tressaillis, en revoyant ces lieux ; toute l'horreur de ma destinée s'offrit alors à mes regards, et jugez si ma frayeur redoubla, quand je vis les dispositions de ce lieu fatal. Des cordes pendaient à l'un des arbres ; trois dogues anglais monstrueux étaient liés aux trois autres, et paraissaient n'attendre que moi pour se livrer au besoin de manger qu'annonçaient leurs gueules écumeuses et béantes ; un des favoris du comte les hardait.
Alors le perfide ne se servant plus avec moi que des plus grossières épithètes :
- Bou... me dit-il, reconnais-tu ce buisson d'où je t'ai tirée comme une bête sauvage, pour te rendre à la vie que tu avais mérité de perdre ?... Reconnais-tu ces arbres où je menaçai de te remettre si tu me donnais jamais occasion de me repentir de mes bontés ? Pourquoi acceptais-tu les services que je te demandais contre ma tante si tu avais dessein de me trahir, et comment as-tu imaginé de servir la vertu en risquant la liberté de celui à qui tu devais le bonheur ? Nécessairement placée entre ces deux crimes, pourquoi as-tu choisi le plus abominable ?
- Hélas ! n'avais-je pas choisi le moindre ?


- Il fallait refuser, poursuivit le comte furieux, me saisissant par un bras et me secouant avec violence, oui, sans doute, refuser et ne pas accepter pour me trahir.
Alors M. de Bressac me dit tout ce qu'il avait fait pour surprendre les dépêches de Madame, et comment était né le soupçon qui l'avait engagé à les détourner.


- Qu'as-tu fait par ta fausseté, indigne créature ? continua-t-il. Tu as risqué tes jours sans conserver ceux de ma tante : le coup est fait, mon retour au château m'en offrira les fruits, mais il faut que tu périsses, il faut que tu apprennes, avant d'expirer, que la route de la vertu n'est pas toujours la plus sûre, et qu'il y a des circonstances dans le monde où la complicité d'un crime est préférable à sa délation.
Et sans me donner le temps de répondre, sans témoigner la moindre pitié pour l'état cruel où j'étais, il me traîne vers l'arbre qui m'était destiné et où attendait son favori.

- La voilà, lui dit-il, celle qui a voulu empoisonner ma tante, et qui peut-être a déjà commis ce crime affreux, malgré mes soins pour le prévenir ; j'aurais mieux fait sans doute de la remettre entre les mains de la Justice, mais elle y aurait perdu la vie, et je veux la lui laisser pour qu'elle ait plus longtemps à souffrir.
Alors les deux scélérats s'emparent de moi, ils me mettent nue dans un instant :
- Les belles fesses ! disait le comte avec le ton de la plus cruelle ironie et touchant ces objets avec brutalité, les superbes chairs !... l'excellent déjeuner pour mes dogues !
Dès qu'il ne me reste plus aucun vêtement, on me lie à l'arbre par une corde qui prend le long de mes reins, me laissant les bras libres pour que je puisse me défendre de mon mieux ; et par l'aisance qu'on laisse à la corde je puis avancer et reculer d'environ six pieds. Une fois là, le comte, très ému, vient observer ma contenance ; il tourne et passe autour de moi ; à la dure manière dont il me touche, il semble que ses mains meurtrières voudraient le disputer de rage à la dent acérée de ses chiens.

- Allons ! dit-il à son aide, lâche ces animaux, il en est temps.
On les déchaîne, le comte les excite, ils s'élancent tous trois sur mon malheureux corps, on dirait qu'ils se le partagent pour qu'aucune de ses parties ne soit exempte de leurs furieux assauts ; j'ai beau les repousser, ils ne me déchirent qu'avec plus de furie, et pendant cette scène horrible, Bressac, l'indigne Bressac, comme si mes tourments eussent allumé sa perfide luxure... l'infâme ! il se prêtait, en m'examinant, aux criminelles caresses de son favori.

- C'en est assez, dit-il, au bout de quelques minutes, rattache les chiens et abandonnons cette malheureuse à son mauvais sort.
- Eh bien ! Thérèse, me dit-il bas en brisant mes liens, la vertu coûte souvent bien cher, tu le vois ; t'imagines-tu que deux mille écus de pension ne valaient pas mieux que les morsures dont te voilà couverte ?
Mais dans l'état affreux où je me trouve, je puis à peine l'entendre ; je me jette au pied de l'arbre et suis prête à perdre connaissance.

- Je suis bien bon de te sauver la vie, dit le traître que mes maux irritent, prends garde au moins à l'usage que tu feras de cette faveur...
Puis il m'ordonne de me relever, de reprendre mes vêtements et de quitter au plus tôt cet endroit. Comme le sang coule de partout, afin que mes habits, les seuls qui me restent, n'en soient pas tachés, je ramasse de l'herbe pour me rafraîchir, pour m'essuyer ; et Bressac se promène en long et en large, bien plus occupé de ses idées que de moi.

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