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Contes et Légendes

Jeudi 27 décembre 2007
- Publié dans : Contes et Légendes

Combien de choses on souhaite! combien de choses on

rapporte à propos du jour de l’an.

Voilà une de celles qu’on raconte; quant à celles qu’on

peut souhaiter, en voilà une aussi : vivez et mourez en paix

avec votre conscience.

La petite Marthe avait reçu un grand nombre de jouets et

une quantité prodigieuse de bonbons. Comme elle n’avait que

six ans, on n’était pas encore à midi qu’elle était déjà lasse

des jouets et rassasiée de bonbons.

Marthe demanda alors à sa grand’tante, qui la gâtait

beaucoup, de vouloir bien venir un peu se promener avec

elle.

La bonne vieille ne prit guère d’argent, car elle savait

qu’elle ne refuserait rien à Marthe, tant qu’elle en aurait, et

elle ne voulait pas lui apprendre à prodiguer pour ses

caprices.

Le temps était beau, mais il faisait grand froid; Marthe

enfonçait ses bras, tant qu’elle le pouvait, dans un manchon

presque aussi gros qu’elle.

Les boulevards étaient couverts de boutiques, et Marthe

fit tant d’achats, pour commencer, que bientôt la grand’tante

n’eut plus qu’une pièce de dix sous.

La petite fille avait plein les bras et plein son manchon

d’objets fort éclatants, coûtant très peu et ne valant pas

davantage.

Sachant qu’il n’y avait plus beaucoup à dépenser, elle

s’avisa de penser aux petits enfants qui avaient passé leur

jour de l’an sans jouets et sans bonbons.

C’était fort vilain d’y avoir songé si tard, mais Marthe

n’avait encore que six ans et, au fond, elle n’avait pas

mauvais coeur.

Du reste, sa tante la gâtait trop et d’une manière qui

n’était pas raisonnable.

Au moment où elle commençait à penser aux autres assez

tardivement, deux enfants, plus petits qu’elle, frappèrent ses

regards; ils étaient si pâles et paraissaient si tristes que la

bonne tante en fut frappée comme elle.

Le plus âgé, vêtu fort proprement de noir, mais d’une

manière trop légère pour la saison, était arrêté pour ajuster au

cou de son frère, qui grelottait quoique plus chaudement

habillé, sa petite cravate de laine, et il avait, le pauvre enfant,

son petit cou tout violet de froid.

« Où allez-vous ainsi, mes petits amis? leur demanda la

tante.

– Nous revenons, madame, répondit l’aîné, de chez une

dame amie de maman que nous n’avons pas trouvée chez

elle, et nous rentrons à la maison.

– Oui, ajouta le petit avec cette confiance naïve de

l’enfance, nous allions chez madame Paul, afin qu’elle nous

donne un peu d’ouvrage pour maman et avoir de quoi acheter

du pain. »

Et comme l’aîné le regardait de travers pour faire cesser

son bavardage, la dernière petite pièce de dix sous était dans

la main du petit, et Marthe avec sa tante se sauvaient pour

que l’aîné ne la leur rendit pas.

Quand elles furent loin, Marthe se mit à pleurer. « Ô ma

tante! dit-elle, combien je regrette d’avoir acheté tant de

joujoux! nous aurions pu donner bien davantage à ces

pauvres enfants! »

Dix ans après, Marthe, jeune fille de seize ans, reçue

institutrice depuis quelques mois, avait fait de la vie un rude

apprentissage dont elle était loin de se douter autrefois.

Ses parents n’avaient pas réussi dans leur commerce et,

faute d’une petite somme de cinq à six cents francs, on

pouvait leur faire une mauvaise affaire.

Marthe venait d’entrer comme sous-maîtresse dans un

externat. Elle devait gagner huit cents francs au bout de

l’année; mais n’étant payée que par mois, il lui était

impossible d’offrir tout de suite la somme due par son père

pour des marchandises non encore vendues.

S’il ne payait pas à l’échéance, son billet serait protesté.

S’il rendait les marchandises, ne pouvant payer, il lui

fallait fermer son magasin.

Une idée vint à Marthe, elle la communiqua à la

grand’tante, alors âgée de quatre-vingts ans, et qui la

chérissait comme par le passé.

Elle l’eût même encore gâtée si Marthe n’eût été

raisonnable.

« Ma tante, dit la jeune fille, il me semble que nous

pouvons obtenir un arrangement du créancier de mon père;

gagnant huit cents francs par an, je puis lui en donner

cinquante tous les mois, le jour où je toucherai mes

appointements. Peut-être acceptera-t-il. »

La bonne vieille approuva l’idée, et voulut accompagner

sa petite fille.

Lorsqu’elles arrivèrent chez Marcel frères, toutes deux

furent fort surprises de voir sur l’enseigne du commerçant

une pièce d’argent sculptée en relief avec cette inscription :

(Aux cinquante centimes du jour de l’an).

Elles se souvinrent des cinquante centimes de Marthe et

n’osant se communiquer leur pensée, elles entrèrent dans le

magasin.

L’aîné des frères Marcel était assis au bureau, faisant

l’office de caissier; le plus jeune remplissait l’emploi de

garçon de magasin; une femme paraissant plus souffrante

qu’âgée, remplaçait tantôt l’un, tantôt l’autre de ses fils.

Marthe, que la grand’tante aimait à entendre parler, parce

qu’elle en était idolâtre, exposa le but de leur visite très

simplement, mais avec une énergie qui prouvait qu’on

pouvait se fier à sa parole.

Marcel, l’aîné, à qui elle s’était adressée, appela sa mère

et son frère.

Il avait reconnu, non pas Marthe, grandie énormément,

mais la bonne vieille, qui depuis dix ans avait à peine changé.

« Nous avons, dit-il, l’honneur de voir celles qui sont

cause de notre aisance. »

Et comme sa mère et son frère s’étaient empressées

d’entourer les deux arrivantes, il raconta qu’après le départ

de Marthe et de la vieille dame, il les avait longtemps

cherchées, car ni lui ni son frère ne demandaient l’aumône.

En rentrant chez leur mère, comme il ne pouvait se

consoler, l’amie chez laquelle il n’avait trouvé personne entra

à son tour; elle apportait de l’ouvrage et un peu d’argent.

On put donc acheter du pain sans toucher à la petite pièce

qui avait rendu le coeur si gros à l’aîné.


Il fut même tout à fait consolé dans sa fierté quand sa

mère lui dit : « Peut-être qu’à ton tour tu pourras rendre, si tu

travailles, des services aux autres sans les offenser. »

Félix Marcel, ayant réfléchi là-dessus, demanda la pièce

de dix sous pour en faire l’usage qu’il voudrait, annonça qu’il

ne rentrerait que le soir et prit à la main son petit frère, qu’il

ne quittait jamais, avec un air de résolution comme s’il eût

été à la conquête du monde.

Les deux amies, l’ayant laissé sortir avec un sourire, car

c’était un brave enfant en qui on pouvait avoir confiance,

s’amusèrent à le suivre de loin.

Félix, tenant toujours son petit frère par la main, alla

jusqu’à une marchande d’objets à un sou et lui demanda si

elle pouvait lui en vendre pour dix sous, au prix des

marchands, – car il allait entrer dans le commerce!

La marchande partit d’un interminable éclat de rire; mais

comme c’était justement à cette même place que l’enfant

avait tant cherché la dame aux dix sous, elle se douta de

quelque projet courageux.

Non seulement elle ajouta aux objets une forte pacotille

en disant : « Tu me paieras ceux-ci quand tu auras une

recette, » mais elle prit les deux frères sous sa protection, et

leur arrangea une toute petite table devant la sienne. 
Tous
trois étaient, le soir, tellement amis, qu’ils ne pouvaient plus

se séparer. Ils gagnèrent ce jour-là le triple de leur mise. 
La
bonne marchande n’avait pas d’enfants. Quand l’époque du

jour de l’an fut passée, elle les prit pour l’aider dans sa petite

boutique, sous prétexte qu’ils lui seraient fort utiles, car Félix

n’y aurait pas consenti sans cela.


Le commerce avait prospéré; en dix ans, la boutique de la

mère Hortense était devenue un gros magasin où vivaient les

deux veuves et les deux frères.

Tout cela, grâce aux dix sous de Marthe!

Félix en était là de son récit, quand rentra la mère

Hortense qui revenait tout à propos de quelques courses.

Je vous laisse à penser, chers enfants, quel accueil on fit à

Marthe et à la grand’tante.

Félix exigea que les six cents francs ne lui fussent remis

qu’au bout de quatre ans.

À cette époque-là, le père de Marthe ayant fait de

meilleures affaires, le magasin des frères Marcel ayant

continué à prospérer, tout le monde fut d’avis que pour la fête

de la bonne grand’tante on prêtât chacun cent francs à six

orphelins dont les uns avaient à soutenir leur mère, les autres

leurs petits frères.

La bonne vieille, ce jour-là, pleura de joie, et cette action

porta bonheur à tous, car elle vécut longtemps encore et les

six commerces prospérèrent.

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Jeudi 27 décembre 2007
- Publié dans : Contes et Légendes

Le père Blaise était le plus riche fermier de la contrée.

Outre les champs qu’il cultivait pour d’autres, à moitié ou

autrement, il avait, en propre, un bien considérable.

Sa fille avait été élevée dans la meilleure pension de la

ville, et son fils venait de sortir du collège avec une charge de

prix à faire envie à ses camarades.

Margot, sa ménagère, était une personne fort avenante; ne

se mettant jamais en colère quand il tombait une averse sur le

grain coupé.

Les domestiques se plaisaient à la ferme; pourtant le père

Blaise était triste, si triste qu’on craignait qu’il n’en mourût,

d’autant plus que son père et son grand-père étaient, eux

aussi, morts de tristesse, sans qu’on pût en savoir la cause.

Souvent les deux enfants, Rose et André, en causaient

avec leur mère.

« Toi qui passes pour si savant, disait Margot à son fils,

tâche donc de guérir ton père de sa tristesse. »

André faisait bien tout ce qu’il pouvait, mais il n’avançait

guère.

Il aurait raconté pendant dix ans tous ses meilleurs tours

de collège, que Blaise se fut contenté de l’écouter gravement,

car il contait bien, mais sans pour cela sourire aucunement.

En désespoir de cause, Rose alla, sans rien dire, trouver la

vieille Jeannette.

C’était une paysanne qui avait près de cent ans.

Par conséquent, ayant bien des fois vu naître et mourir

pères, enfants et petits enfants; connaissant l’histoire de

chaque famille elle donnait quelquefois d’excellents conseils,

ce qui la faisait passer pour très habile.

Rose alla donc consulter Jeannette pour la tristesse de son

père.

« Dame, ma fille, dit la vieille, je savons ben pourquoi;

mais il ne serait pas prudent de te le dire. »

Rose insista tellement, elle promit si bien le secret, et puis

au fond la vieille Jeannette désirait tant raconter à la fillette

tout ce qu’elle savait et chercher ensemble les moyens de

guérir son père, qu’elle consentit.

« Mon grand-père m’a raconté, dit-elle, qu’il fut un temps

où dans ce village la disette fut telle que ceux qui avaient un

peu de terre donnaient, quand ils avaient des enfants, le

champ entier pour un sac de blé, ou même d’orge, ou de

sarrasin. »

Rose frissonnait! Le grand-père de Jeannette, qui avait

cent ans, cela devait être bien vieux! Mais elle ne savait

pourquoi ce commencement d’histoire lui faisait peur.

« Alors, continua la vieille, l’arrière-grand-père de votre

père, qui s’appelait François Blaise, commença à acheter

beaucoup de petits champs à ceux qui ne voulaient pas laisser

mourir de faim leurs enfants ou leurs vieux parents. »

Rose fondait en larmes.

« Dame, ma fille, dit la vieille, t’as voulu savoir.

– Oui, ma bonne Jeannette, dit la jeune fille, il faut que je

sache, pour que mon père guérisse. »

Et, séchant ses larmes, elle écouta avec fermeté.

Jeannette continua :

« François Blaise, déjà riche, se maria richement, mais il

y avait dans le village des familles ruinées. Il prit la chose à

coeur et mourut.

« Son fils, à qui il avait, sans doute, recommandé quelque

chose en mourant, mais qui n’avait point osé le faire, prit

tristesse au même âge; il mourut.

« Ton père est le cinquième. »

Rose avait trouvé un expédient; mais il eût fallu dire à son

père qu’elle connaissait le secret.

« Que feriez-vous à ma place, Jeannette? demanda-t-elle.

– Dame, Mamz’elle, c’est délicat! dit la vieille.

– Mais enfin, disait la pauvre jeune fille, en joignant les

mains, comment rendre ces maudits champs sans faire honte

à notre père? »

La vieille laissa échapper étourdiment ces mots :

« Il y a longtemps que j’y songions, nous deux Jean-

Claude : car c’est grand dommage de laisser mourir un

pauvre brave homme qui sera tant pleuré.

– Mon père, n’a-t-il jamais essayé, dit Rose, de rendre

quelque chose?

– Dame, Mam’zelle, depuis ses arrière-grands-pères, ils

ont toujours soutenu, en dessous, les familles; mais ça ne leur

satisfaisait pas encore la conscience, et votre père, c’est de

même. »

Toutes deux se prirent à pleurer, tant la confiance et la

douleur de Rose avaient ému la bonne femme. Elle arriva

alors à une seconde étourderie, elle qui pourtant avait si forte

tête, comme on disait dans le pays.

« Je verrons avec Jean-Claude! »

À peine ces paroles étaient-elles dites, que Rose s’écriait :

« Je comprends, Jeannette; vous et Jean-Claude descendez

des familles qui ont fait ces tristes marchés. »

La vieille ne répondit pas.

Rose continua : « Ne me refusez pas ce que je vous vais

demander. Vous et Jean-Claude, vous êtes bien vieux,

quoique ce soit le plus jeune de vos neveux; vous allez venir

demeurer parmi nous; mon père souffrira moins, et vous

serez bien choyés, bien heureux! »

En parlant ainsi, elle rougissait la pauvre fille, car au

fond, les terres, si étrangement achetées par son aïeul, étaient

beaucoup à Jeannette.

Celle-ci eut pitié de l’enfant.

« Eh ben, oui, dit-elle, puisqu’il n’y a pas d’autre

moyen! » Rose ne dormit pas de la nuit. C’était vraiment une

heureuse inspiration que celle qui l’avait conduite chez

Jeannette.

Le lendemain, Rose conduisit chez son père, la centenaire

et son neveu Jean-Claude, le vieux berger.

« Père, dit Rose, voici une société qui va t’égayer.

Maintenant, ces bons vieillards demeureront avec nous. »

Blaise rougit et pâlit, et puis son coeur creva, comme on

dit dans le village; et il raconta, en fondant en larmes,

comment de père en fils, recevant chacun le fatal récit et tous

retenus par une mauvaise honte, ils n’avaient qu’aidé les

descendants des malheureux avec lesquels son aïeul avait fait

ces fatals marchés, et les terribles souffrances que chacun

d’eux avaient endurées.

Jean-Claude pleurait d’attendrissement.

« Qu’à ça ne tienne, père Blaise, dit Jeannette, gna pu que

nous deux, Jean-Claude et moi de ces familles-là, et je

venons demeurer avec vous pour toujours. À preuve que je

baillons en héritage à André et à Rose tout ce que vous

croyez qu’est à nous, quoique vous en ayez donné petit à

petit la valeur; mais je sais pourquoi ça ne vous contentait

pas. »

Il fut fait, comme le disait Jeannette. Voilà pourquoi

Blaise ne mourut pas de tristesse, comme son père et ses

grands-pères.

Et voilà pourquoi Jeannette, vêtue de ses plus brillants

atours, c’est-à-dire d’une coiffe comme on en portait au

temps de sa jeunesse, et d’un beau corsage en pointe tout

rouge sur une jupe rayée, assistait au mariage de Rose et

d’André avec les enfants de Nicolas Garoui, le Breton, qui,

comme eux, avaient bon coeur et avaient été bien éduqués.

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Jeudi 27 décembre 2007
- Publié dans : Contes et Légendes

Les imaginations, frappées du bruit du cor et des

aboiements des meutes, dans le silence des bois,

personnifièrent leurs impressions sous le nom de Barbatos,

duc de l’abîme.

Il entend, dit la légende, le chant des oiseaux, les

hurlements des loups; il comprend le cerf qui brame et la

feuille qui craque en se détachant et va rejoindre ses soeurs

dans les valses du vent.

Il connaît les trésors enfouis, les cavernes et les aires.

Devant lui, quatre rois sonnent du cor, et il mène d’un

bout du monde à l’autre la chasse des ombres.

C’est de Barbatos que l’on fit les robins-des-bois, les

chasseurs noirs, les grands veneurs et toutes les chasses

fantastiques qu’on croit entendre la nuit dans les bois.

Le vent souffle-t-il fort? l’orage est-il dans les bois? Les

petits enfants des villages croient encore, comme leurs

grand’mères, que c’est la chasse du grand veneur qui passe

avec grand bruit.

Parfois la tempête hurle comme les loups, résonne comme

les troupes; alors on dit, sous les grandes cheminées, où toute

la famille se chauffe à la fois : c’est Robin-des-Bois qui

chasse.

Cette croyance servit, il y a quelques années, à faire

rentrer en lui-même un vieux paysan avare qui, ayant enterré

son trésor au pied d’un chêne, s’imaginait qu’on a de la

fortune pour mettre dans un vieux bas, renfermé dans un pot,

sous la terre, ce qui peut servir à soulager les autres.

Quand je dis rentré en lui-même, cela ne signifie pas qu’il

ait beaucoup mieux valu : car l’intérieur d’un avare n’est

jamais bon; mais enfin, il fit, grâce à la peur, une bonne

action.

La peur! c’est un motif honteux! Qu’attendre de plus d’un

avare?

Le père Mathieu était riche, comment en eut-il été

autrement? On disait que quand il dépensait un sou, il en

mettait toujours la moitié de côté.

Comment faisait-il? Je n’en sais rien. Comment avait-il

gagné ses terres et tout l’argent que dans le bois il cachait au

pied d’un vieux chêne? Je n’en sais pas davantage.

Dans tous les cas, son argent, caché là, n’était pas même

bon à nourrir les vers ou à faire pousser les truffes.

Chaque fois que le père Mathieu avait quelque pièce d’or

à ajouter à son trésor, il attendait une nuit sombre et s’en

allait au pied du chêne où, à la lueur d’une lanterne sourde, il

comptait son argent en tremblant de peur, et d’affection

aussi; car il aimait ce trésor comme on aime sa famille, son

pays, sa mère, tout ce qu’on a de plus cher au monde.

Un soir donc, à genoux au pied du chêne, il venait de

compter, en tremblant, son or, le caressant de la main comme

on eût fait à un enfant, et pensant que s’il se fût marié, sa

femme aurait dépensé pour se nourrir et se vêtir, qu’il eût

fallu élever ses enfants, que tout cela coûte horriblement, et

qu’en restant seul il avait pu entasser. Il regrettait seulement

de ne pouvoir vivre sans manger.

Mais il ne regrettait pas d’être demeuré orphelin fort

jeune; il aimait mieux son trésor qu’une famille.

Une seule chose l’ennuyait, c’est qu’on n’enterrerait pas

son or avec lui; et c’est à cela qu’il pensait, outre la crainte

qu’il avait qu’on vînt le surprendre.

Il avait donc grand soin de tourner contre lui la lueur de sa

lanterne, et le moindre bruit de vent dans les feuilles le faisait

tressaillir.

Tout à coup, une lueur rouge parut au fond d’une allée

couverte, et en même temps une grande chasse, une chasse

fantastique, telle que celles des légendes, s’élança de son

côté; les chiens ne donnaient pas un coup de voix, ils

flairaient la piste; les chasseurs à cheval ne donnaient pas de

fanfare; c’était la chasse du Grand-Veneur, mais avec le

silence de la mort, une vraie chasse de fantômes.

Le père Mathieu croyait à tous les chasseurs fantômes,

beaucoup plus fermement qu’à sa conscience qu’il n’avait

jamais sentie; il serra son trésor contre son coeur, sous sa

blouse, et se cacha derrière l’arbre, dans un fourré fort épais

où il s’était ménagé une entrée en cas de surprise.

Il vit les chasseurs s’arrêter, et à la lueur des torches de

résine, épouvanté, distingua le poil du dos des chiens

horriblement dressé; leurs yeux semblaient pleins

d’épouvante, et ils flairaient sans cesse de tous côtés. Les

chevaux avaient même les crins hérissés.

À ce moment, une trompe lointaine sonna l’hallali :

chevaux, chiens, chasseurs, se précipitèrent de ce côté.

Mathieu entendit craquer les branches, et les pieds des

chevaux frapper le sol, dans un galop effrayant.

C’était bien réellement, pensait-il, le Grand-Veneur ou

Robin-des-Bois.

Le vieil avare avait eu si peur, qu’il se croyait au moment

de la mort.

Mourir, pour lui, c’était quitter son trésor. Mais, contre

son ordinaire, il avait autant de frayeur pour sa vie que pour

son or; car le danger était imminent.

Lorsque le bois fut redevenu silencieux, il se hasarda à

sortir de sa cachette, emportant son or, dont il ne voulait plus

se séparer, quelque danger qu’il crût avoir à le conserver

auprès de lui.

De retour dans sa maison, une sorte de masure toute en

ruine, vraie demeure de hiboux et d’avare, il se coucha glacé

d’effroi, tenant toujours dans ses bras le vieux pot qui

contenait le bas plein de pièces d’or.

La frayeur l’avait brisé; n’étant plus soutenu par la

nécessité de fuir, il resta sans connaissance dans son lit.

Depuis deux jours, personne ne voyait le père Mathieu;

comme il était déjà vieux, on pensa qu’il pouvait être malade

ou mort, et des voisins vinrent frapper à sa porte, qu’il avait

barricadée solidement en rentrant.

Ne recevant aucune réponse, les voisins allèrent trouver le

maire.

Celui-ci mit son écharpe, beaucoup trop courte pour lui,

parce que son prédécesseur était extrêmement maigre et lui

extrêmement gros; mais à l’aide d’un bout de ficelle il

parvint à la consolider. On amena le serrurier pour ouvrir la

porte, les membres du conseil pour servir de témoins, et on

procéda à l’ouverture.

Ce n’était pas le tout de faire jouer une clé dans la serrure;

il y avait, derrière la porte, une barricade de meubles. On

pensait que Mathieu était devenu fou, et, n’entendant rien,

qu’il s’était pendu.

Une heure se passa à déranger les vieux bahuts entassés

derrière la porte, après quoi on découvrit Mathieu, couché,

pâle et froid.

On pensa alors qu’il aurait fallu amener le médecin; mais

pendant qu’on allait le chercher, le maire, ayant soulevé la

couverture pour savoir si le coeur de Mathieu battait encore,

sa main fit remuer le pot et un grognement sortit de la gorge

de l’avare.

On avait, en effet, touché le coeur.

Alors tout fut découvert; Mathieu revint à la vie.

Il se garda bien de raconter son aventure du bois; mais on

avait vu son trésor. Ne pouvant plus le garder chez lui, il se

décida à le placer où il lui rapporterait le plus et sûrement.

Notre homme alla donc trouver le maire. Celui-ci, qui

était un brave homme, se mit en tête de faire faire une bonne

action à Mathieu. Cela devait étonner tout le pays.

« Père Mathieu, lui dit-il, avant de placer tout ça, vous

devriez faire une chose qui vous porterait bonheur. Il y a ici

la mère Nicole, qui est veuve avec sept enfants; un loup

enragé a mordu sa vache et les pauvres gens n’ont plus rien.

Vous devriez lui acheter une génisse, ça ne coûte pas cher et

vous porterait bonheur. »

Puis, comme il était bavard, le brave homme raconta à

Mathieu quelle fière chasse on avait faite à ce loup qui avait

inquiété toute la contrée; tous les louvetiers du département y

étaient, ils s’étaient séparés en deux bandes et on avait fini

par tuer le loup pendant la nuit. Les chevaux et les chiens en

avaient une telle frayeur qu’ils en avaient les crins et le poil

tout droits. Les chiens n’ont pas donné de voix, ce qui

prouvait que l’animal était vraiment enragé.

Le père Mathieu comprit que c’était là sa chasse de

Robin-des-Bois, qu’il avait pensé perdre la vie et son argent;

sans savoir ce qu’il faisait, il compta cent francs pour la

génisse de Nicole, comme s’il eût payé quelque chose.

Quand il se ravisa, il n’était plus temps. Nicole eut sa

vache, et le maire aida le vieil avare à trouver un sûr

placement pour son trésor : il avait dans son bas cent mille

francs en or et billets de banque.

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Jeudi 27 décembre 2007
- Publié dans : Contes et Légendes

 

Il y a des êtres tellement disgraciés de la nature, tellement

étranges à voir ou à entendre, que leur seul aspect est un sujet

de tristes études pour les uns, de folles moqueries pour les

autres.

Plusieurs de ces êtres-là n’ont pas toujours été ainsi : les

uns ont eu quelque accident au moral ou au physique, les

autres, à force de se laisser mollement aller à la fatigue ou à

la paresse, sont descendus de quelques degrés et, sur cette

pente-là, il n’y a plus de raison pour qu’on s’arrête.

D’autres encore (ce qui est affreux pour l’humanité) sont

devenus ainsi sous la pression des persécutions. – Ce n’est

pas le plus grand nombre qui ont été frappés dès leur

naissance.

Chéchette était une pauvre femme qu’on avait toujours

vue vieille et toujours vue folle. Deux mauvaises

recommandations pour les petits mauvais sujets, qui sont loin

de respecter l’un et l’autre.

La maison de Chéchette, c’était le bois; son magasin,

c’était le bois; le nid de son enfance, l’asile de sa vieillesse,

c’était toujours le bois.

D’où venait-elle? personne n’en savait rien, ni elle non

plus. La première fois qu’on l’avait vue, déjà vieille, elle

sortait d’un autre bois où sa mère l’avait élevée et venait de

mourir.

Chéchette aimait sa mère à sa manière. Elle s’en alla dans

un autre village et s’y établit au milieu de la forêt.

Contes et légendes

 


C’était une étrange créature, dernier rejeton sans doute de

quelque race nomade.

Tant que l’été durait, elle se nourrissait de fruits sauvages;

et, pendant l’hiver, elle avait son magasin, où étaient entassés

les baies rouges des sorbiers, les faines huileuses, les glands,

toutes les richesses de la forêt.

Parfois les écureuils, les sangliers, les rats visitaient son

magasin : car le rocher qui lui servait d’abri était couvert

largement... Si, à son retour de quelque promenade lointaine,

elle ne trouvait plus rien, Chéchette recommençait ses

provisions. Quand l’accident arrivait en hiver, elle allait

jusqu’au village et demandait du pain.

Les uns avaient pitié de la pauvre folle et remplissaient

largement le haillon qui lui servait de tablier ou lui donnaient

d’autres vêtements; à ceux-là, elle souhaitait, dans sa langue,

une infinité de belles choses.

Les autres se moquaient d’elle. Alors Chéchette faisait

entendre un grognement fort expressif; c’était sa manière

peut-être de souhaiter le mal.

La nourriture qu’on lui donnait, un peu moins grossière

que la sienne, lui semblait une suite de festins tant qu’elle

durait. Quelquefois, en ayant pris beaucoup pour commencer,

elle s’endormait pendant longtemps, à la manière des

serpents et des lézards.

La forme des vêtements lui était indifférente, d’homme ou

de femme, peu lui importait; mais elle aimait beaucoup les

garnitures, surtout quand il y avait des choses qui brillent.

Les enfants méchants lui offraient parfois des vêtements

ornés de grelots et d’autres choses ridicules; mais, s’ils

avaient le malheur de rire, Chéchette leur jetait leur présent à

la figure; souvent même elle devinait leur mauvaise intention

sans qu’ils eussent besoin de rire, car elle avait l’instinct fort

développé.

Ceux qui ont vu les statuettes grimaçantes du moyen âge

peuvent se faire une idée de Chéchette.

Elle était horriblement boiteuse et tellement borgne que

son oeil gauche avait presque disparu.

Sa bouche, largement ouverte, laissait passer toutes les

dents à la manière de l’orang-outang – ou du gorille.

Ses mains, énormes, noueuses et velues, ses larges pieds,

l’épaisse crinière de cheveux roux qui descendait presque

jusqu’à ses sourcils, tout en elle rappelait les plus vilains

gnomes, les plus hideux singes.

Cet être-là s’attachait, elle aimait comme un chien; il est

vrai qu’elle eût mordu de même.

Elle ne revenait jamais de ses sympathies ni de ses

antipathies.

Quant aux animaux sauvages, ils n’avaient jamais attaqué

Chéchette, la prenant sans doute pour un membre de leur

famille.

La personne à laquelle elle avait jusque-là témoigné le

plus d’affection était une pauvre veuve, mère de trois petits

enfants.

Lorsque Madeleine Germain allait ramasser du bois mort,

Chéchette se trouvait toujours là pour l’aider à faire ses

fagots, ou plutôt pour lui en faire d’énormes, qu’elle portait

jusqu’à sa maison avec une aisance incroyable.

Le bois était son domaine; elle y avait tout à fait un autre

air qu’au village. 

Là Chéchette semblait plutôt un être

surnaturel qu’un être grotesque.

Les méchants du village plaisantaient beaucoup

Madeleine sur cette amitié; ils riaient surtout lorsqu’elle

laissait l’horrible vieille bercer dans ses longs bras les petits

enfants, qui jouaient avec elle comme avec un chien fidèle.

Ceux-ci n’en riaient pas moins joyeusement et Madeleine

s’inquiétait fort peu des mauvais plaisants.

Une nuit d’été, que tout le monde dormait profondément,

après les fatigues d’une chaude journée employée à travailler

dans les champs, on entendit retentir le seul cri qui fait lever

tout le monde à la campagne : Au feu! au feu!

Pourquoi tous les autres périls qui peuvent atteindre leurs

semblables laissent-ils insensibles les habitants des

campagnes?

Ce serait horrible de croire que c’est un sentiment

d’égoïsme, parce que dans l’incendie chacun craint pour sa

propre demeure. Toujours est-il que, souvent, des

malheureux ont crié à l’aide pendant longtemps et sont morts

sans secours.

Cette nuit-là, comme on criait au feu, tout le monde fut

immédiatement debout.

La maison de Madeleine brûlait comme un flambeau; –

l’un de ses enfants avait, en jouant, allumé un petit feu près

d’une porte, et, pendant la nuit, la pauvre cabane de bois et de

chaume avait flambé.

On eut beau faire la chaîne pour entretenir les pompes, le

feu ne se ralentit pas.

Madeleine tenait dans ses bras deux de ses enfants et

luttait, en désespérée, contre ceux qui voulaient l’empêcher

d’aller chercher le troisième au milieu des flammes.

On le croyait perdu.

Tout à coup on vit quelqu’un entrer résolument au milieu

des flammes; c’était Chéchette. Elle avait vu qu’un des

enfants manquait. Les charpentes calcinées croulaient avec

fracas, la flamme tournoyait superbe et triomphante, dardant

ses mille langues vers le ciel.

Quelques instants s’écoulèrent. Chéchette reparut, elle

tenait l’enfant dans ses bras et le déposa évanoui devant sa

mère.

Elle était belle ainsi, la pauvre folle, dans cet acte de

dévouement qui allait lui coûter la vie.

Ses cheveux, son visage, tout son corps étaient couverts

de larges brûlures; son oeil brillait d’une joie infinie.

Chéchette, épuisée, tomba pour ne plus se relever. Quant

à l’enfant, il revint facilement de son évanouissement, car

elle l’avait couvert de ses haillons et de son corps pour le

garantir.


Aujourd’hui encore, Madeleine et ses enfants vont

souvent porter au cimetière, sur l’herbe qui recouvre la

pauvre folle, des fleurs des bois qu’elle aimait tant.

Ne vous moquez jamais des fous ni des vieillards.

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Jeudi 27 décembre 2007
- Publié dans : Contes et Légendes

Un mendiant assoiffé se présenta devant la porte d'une riche maison. La maîtresse de maison ne s'intéressa pas à lui et demanda même à ses domestiques de le renvoyer.

Il y avait une domestique dans cette riche maison qui était très laide. En voyant ce mendiant, elle eut de la peine pour lui. Secrètement, elle lui donna un verre d'eau et quelques restes de nourriture. Après avoir mangé, le mendiant dit à la servante : "Je vous remercie. Je n'ai rien à vous donner en échange. Je n'ai que ce mouchoir. S'il vous plait, prenez le." La domestique accepta.

Tôt le lendemain matin, la laide servante se lava le visage en utilisant le mouchoir que lui avait donné la veille le mendiant. Puis, elle alla au salon pour y servir le petit déjeuner. Quand la maîtresse de maison vit la servante, elle fut si choquée qu'aucun mot ne parvenait à sortir de sa bouche. La domestique, se sentant bizarre demanda à sa maîtresse : "Y a t-il quelque chose sur mon visage ?" Elle s'essuya a nouveau le visage en utilisant le mouchoir. Sa maîtresse fut encore plus sous le choc et hurla : "Quel est donc ce mouchoir ?" 

D'autres gens de la maison sont venus après avoir entendu le hurlement. Tout le monde était sous le choc. La domestique emprunta un miroir. En se regardant dans le miroir, elle fut elle-même choquée. Elle était devenue une ravissante femme.

La maîtresse de maison soudain compris que le fait de s'essuyer le visage avec ce mouchoir pouvait rendre belle une personne. Elle attrapa le mouchoir des mains de la servante et l'utilisa. Mais son visage ne changea pas du tout, quelque soit la force qu'elle y mettait pour l'utiliser. Elle demanda à la servante :"Où avez-vous eu ce mouchoir?" la domestique lui répondit : "C'est le mendiant qui était venu pour boire un peu d'eau qui me l'a donné." La maîtresse de maison regretta ses actions et dit : "J'aurais dû lui donner à boire." Elle ordonna alors à ses domestiques : "Ramenez moi tous les mendiants de la ville".

Elle invita tous les mendiants de la ville et leur donna à boire et à manger en grande quantité. Après que les mendiants aient bu et mangé à leur faim, ils partirent avec satisfaction. La maîtresse cria : "Qui a un mouchoir ?" Aucun des mendiants ne lui répondit. Elle était dans une colère telle, qu'elle attrapa le dernier mendiant et lui demanda : "Donnez moi votre mouchoir." Le mendiant n'avait pas d'autre choix que de lui donner un mouchoir tout sale. Elle le prit et l'utilisa immédiatement pour essuyer le visage. Mais plus elle s'essuyait le visage avec, plus son visage devenait noir.

Moralité de cette histoire : Comment une bonne action faite avec égoïsme peut elle être une véritable bonne action ? Une personne ne peut avoir de la compassion dans le coeur en se forçant. La rétribution divine est toujours juste, impartiale, sans aucune faveur. 

Source : Fable Chinoise

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Jeudi 27 décembre 2007
- Publié dans : Contes et Légendes

Il était une fois un homme et une femme.

Malheureusement, ils n'avaient pas d'enfants.

Ce fut un gros, très gros chagrin pour eux et surtout pour la femme: personne à bercer, personne à élever.

Ayant longtemps désespéré d'avoir des enfants, l'homme alla dans la forêt, coupa une bûche d'aune et l'apporta à sa femme.

- Mets-la dans le berceau, ma bonne femme, ça va te consoler.

Ainsi fit-elle et commença à chanter sa berceuse.

- Fais dodo, mon fiston, fais dodo, mon petit garçon. Que tes épaules sont blanches, que tes yeux noirs sont beaux…

Elle la berça un jour, puis un autre et un troisième jour - oh, miracle! - la bûche fut métamorphosée en garçon.

L'homme et sa femme en furent très heureux. Ils lui donnèrent le nom de Pilipka et commencèrent à l'élever.

Pilipka grandit vite et un jour il dit à son père:

- Papa, fais-moi un bateau en or et un aviron en argent, je veux aller à la pêche.

Le père lui fit un bateau en or et un aviron et l'envoya au lac pêcher.

Là, le garçon pêcha à la ligne toute la journée et toute la nuit…

Il ne revint pas à la maison pour manger, car la pêche le fit tout oublier. Sa mère lui apporta son repas. Elle arriva au bord du lac et l'appela:

- Pilipka, mon fiston, viens manger un petit pâté!

Le garçon arriva vers elle, lui donna son poisson, mangea un petit pâté et revint à la pêche.

Un jour, la vieille sorcière (Baba Yaga, pieds en os) entendit la mère appeler Pilipka et décida de faire de même pour attraper le garçon. Elle prit un sac et un tisonnier, alla au bord du lac et commença à appeler:

- Pilipka, mon fiston, viens manger un petit pâté!

Pilipka crut que c'était sa mère et fit avancer le bateau vers le bord du lac. La sorcière accrocha la bateau à l'aide du tisonnier, le tira sur la rive, saisit Pilipka et le mit dans le sac.

- Ah, - s'écriat-elle, - vilain garçon, ta pêche est finie!

Elle mit ce sac sur sa bosse et le porta chez elle, dans un bois fourré.

Elle marcha longtemps, enfin fatiguée, s'assit pour se reposer et s'endormit. A ce moment-là, Pilipka sortit du sac, y mit de lourdes pierres et revint au lac.

La fée Carabosse se réveilla, prit le sac sans s'apercevoir de rien et se remit en marche.

A la maison elle dit à sa fille:

- Fais-moi cuire ce pêcheur pour le dîner!

La Carabosse vida le sac sur le plancher - mais là, il n'y eut rien que des pierres…

Elle se mit en colère et cria à tue-tête:

- Ah! le brigand! Tu m'as eue, je te ferai cuire!

Elle revint au bord du lac et se mit à appeler Pilipka:

- Pilipka, mon fiston, vient manger un petit pâté!

En l'entendant crier, Pilipka répondit:

- Non, tu n'es pas ma mère, tu es Carabosse, je te reconnais. La voix de ma mère est plus douce.

La sorcière continua en vain de l'appeler, mais Pilipka resta sourd.

- Eh bien, - se dit-elle, - je me ferai faire une voix plus douce.

Elle courut chez le forgeron et le pria:

- Forgeron, mon forgeron, affûte ma langue, qu'elle soit plus fine.

- D'accord, - répondit le forgeron. - Mets-la sur l'enclume.

La sorcière y mit sa langue, le forgeron prit le marteau et commença à lui donner une forme fine. Lorsque le travail fut terminé, la Carabosse courut au bord du lac et appela le garçon d'une voix douce:

- Pilipka, mon fiston, viens manger un petit pâté!

Pilipka entendit cette voix et pensa que c'était sa mère qui l'appelait.

Il arriva sur la rive du lac, la Carabosse le saisit et le mit dans le sac.

- Maintenant tu ne me tromperas plus! - s'écria-t-elle avec joie.

Et sans se reposer, elle l'apporta chez elle. A la maison elle vida le sac et dit à sa fille:

- Le voilà, le bandit! Allume le feu dans le poêle et fais-le cuire. Prépare-le-moi pour le dîner.

Et elle s'en alla.

La fille alluma le feu dans le poêle, apporta une pelle et dit à Pilipka:

- Couche-toi sur la pelle, je vais te mettre dans le poêle.

Pilipka se coucha sur la pelle et leva ses pieds.

- Pas comme ça! - cria la fille de la vieille sorcière. - je ne pourrai pas te mettre dans le poêle.

- Mais comment? - demanda Pilipka. - Fais vois comment ça se fait.

- Imbécile! - gronda-t-elle. - C'est comme cà qu'il faut faire. Regarde un peu!

Elle se coucha sur la pelle. Pilipka saisit celle-ci et la mit dans le poêle. Il reposa le bouchoir et l'immobilisa avec le mortier de la vieille sorcière, empêchant de cette façon la fille d'en sortir.

A peine sortit-il de la maison, qu'il vit la sorcière revenir.

Pilipka grimpa sur l'érable très haut et épais et se cacha dans les branches.

La Carabosse entra dans la maison et sentit l'odeur de la viande rôtie qu'elle tira du poêle. Elle mangea à sa faim, jeta les os dans la cour et se mit à rouler dessus en répétant:

- Je vais tomber, je vais rouler après avoir mangé du rôti de Pilipka, après avoir bu de son sang.

Et Pilipka lui répondit de l'érable:

- Va tomber, va rouler après avoir mangé du rôti de ta fille, après avoir bu du sang de ta fille.

La vieille sorcière qui entendit ces mots devint noire de colère.

Elle s'approcha de l'érable et mit à le ronger avec ses dents.

Elle s'y appliqua si fort, qu'elle se cassa les dents, mais l'érable resta intact.

Alors la Carabosse courut chez le forgeron:

- Forgeron, mon ami, forge-moi une hache de fer, sinon je vais manger tes enfants.

Le forgeron eut peur et lui fit tout ce qu'elle voulut.

La vieille courut vers l'érable et commença à l'abattre. Pilipka lui cria:

- Frappe contre la pierre et pas contre l'érable!

La sorcière lui riposta:

- Pas la pierre, mais l'érable!

Et Pilipka de nouveau:

- La pierre et pas l'érable!

A ce moment-là la hache se heurta à une pierre si dure qu'elle fut complètement ébréchée.

Gémissant de colère, la vielle saisit la hache et courut chez le forgeron pour la faire aiguiser.

Pilipka, sentant l'érable branler, comprit qu'il fallait se sauver avant qu'il ne fût trop tard…

A ce moment-là, Pilipka vit dans le ciel une volée d'oies et leur cria:

- Oh, oies, mes chères oies, chacune de vous jetez-moi une plume. Je vais voler avec vous chez mon père et chez ma mère, où je vous en remercierai.

Les oies eurent pitié du garçon et chacune lui jeta une plume.

Pilipka ne fit de ces plumes que la moitié d'une aile.

Une autre volée passa. Pilipka les pria:

- Oh oies, mes chères oies, chacune de vous jetez-moi une plume. Je vais voler avec vous chez mon père et chez ma mère, où je vous en remercierai.

Et chaque oiseau donna une plume au garçon.

Passèrent la troisième et la quatrième volée… Et toutes les oies firent de même.

Pilipka fabrique lui-même ses ailes et s'envola après les oies.

Bientôt la vieille sorcière revint de chez le forgeron et se remit au travail de plus belle. Enfin l'érable craqua, tomba sur la vieille et l'écrasa.

Peu de temps après Pilipka arriva chez ses parents, qui étaient très heureux de le revoir. A cette occasion, ils lui firent une fête et donnèrent à manger aux oies.

C'est ainsi que le conte finit… 

Traduction : I. N. Latenok

 

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Jeudi 27 décembre 2007
- Publié dans : Contes et Légendes



anti_bug_fc amandier.jpg Il était une fois, alors que l’Algarve était sous l’occupation des maures, un roi arabe, qui s’éprit d’une princesse qui venait du Nord. Elle était jeune et belle. Ses cheveux étaient couleur d’or et avaient les yeux bleus.

Ils se marièrent et il y eu beaucoup de jours de fête dans tout le pays.

Mais avec le temps la princesse paraissait très malheureuse et son époux ne savait plus quoi faire pour la rendre joyeuse. Un jour, elle lui dit qu’elle avait la nostalgie des champs couverts de neige de sa terre natale.

Le roi eut une idée car il avait très peu peur de perdre sa jeune épouse. Il ordonna de planter des amandiers dans tout l’Algarve. Et quand vint le printemps avec tous les arbres en fleurs, il appela la princesse pour lui montrer, du haut des remparts du château, la campagne toute blanche. Elle pensa qu’elle voyait de la neige. Elle en fut si heureuse que sa tristesse disparut pour toujours.

Et c’est ainsi qu’à chaque printemps quand le pays se trouvait recouvert de toutes les fleurs d’amandier, la princesse se sentait heureuse, se souvenant de sa patrie lointaine.

C'est pour cette raison que l'Algarve est aujourd'hui le royaume des Amandiers.

 

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Mardi 4 décembre 2007
- Publié dans : Contes et Légendes

Il y a bien longtemps, quand le monde n'était pas encore tout à fait le monde, vivait sur la plus haute montagne de notre terre, le premier flocon tombé du ciel.

 

Ce premier flocon du monde, s'appelait Plume de nuage.

 

Et du haut de son perchoir, entre ciel et terre, il passait son temps à contempler la vie en la remerciant de l'avoir fait flocon de neige. Il était flocon de neige et se sentait merveilleusement bien dans ce corps de flocon.

 

Aujourd'hui encore, Plume de nuage se considère comme quelqu'un d'heureux. Seulement, aujourd'hui c'est un peu différent, car en vérité il aimerait en savoir un peu plus ;

 

Par exemple, depuis quelque temps, il se demande : "D'où vient réellement le soleil quand le matin il se lève derrière le glacier ?

 

Et où va-t-il lorsqu'il disparaît là-bas, tout au loin, derrière la ligne d'horizon ? ".

 

Non content de cela, actuellement se pose-t-il aussi des questions quant à sa propre existence.

 

"D'où est-ce que je viens ? Dois-je aller quelque part ?" Mais, faute de ne point trouver de réponses satisfaisantes, il se met à douter et prend conscience de son ignorance. Alors, pour tant de questions sans réponse, Plume de nuage devient triste, si triste qu'il se met à pleurer.

 

La seule larme qu'il verse, doucement se change en un glaçon. Plume de nuage quitte ainsi sa vie de flocon de neige au travers une larme pour renaître en un petit morceau de glace.

 

"Quelle étrange sensation, se dit-il. Mon corps est devenu aussi transparent que du verre !

 

... Mais que se passe-t-il ? Je sens que je glisse. Mon être entier se laisse glisser et descendre le versant de la montagne.

 

"Et plus il descend, plus il sourit. C'est alors que la glissade qu'il fait le prend d'une ivresse si débordante que Plume de nuage en vient à se tordre littéralement de rire. Il se tord tant et si bien que du glaçon fraîchement conçu, devient-il une petite flaque.

 

Très étrange, se dit-il, je sens mon corps d'une fluidité prodigieuse, je peux, comme je le désire, épouser chaque forme que je rencontre, la contourner ou entrer dans ses moindres recoins.

 

Et mon corps, bien que transparent, n'est plus dur comme la glace, mais aussi liquide que... de l'eau ! ?".

 

Plume de nuage comprend ! Il est devenu une goutte d'eau.

 

Une goutte d'eau pure, limpide et si fraîche qu'il sent monter en lui une nouvelle vigueur pour continuer sa route. Plume de nuage quitte sa montagne, au profit d'un petit ruisseau.

 

Là, il se fait porter par le courant à la rencontre de nouveaux paysages.

 

Mais après plusieurs kilomètres de tranquille traversée, la petite rivière se met à rejoindre une autre rivière, puis une autre... encore une autre.

 

A chaque nouvelle rencontre le courant s'accélère rapidement.

 

Plume de nuage n'en croit pas ses yeux. Devant lui maintenant la rivière de part se vitesse et son débit, devient un véritable torrent.

 

"Ou là ! comme je regrette le petit courant de tout à l'heure... mais impossible de revenir en arrière ! J'ai choisi d'aller visiter le monde et rien ne doit m'arrêter.

 

Gardons confiance ! A quoi bon résister ou se crisper. C'est en prenant le contre sens du courant que je risque de me faire mal".

 

Réflexion faite, Plume de nuage plonge sous l'eau et se fond littéralement au reste de l'eau.

 

IL s'y fond tellement bien, qu'il acquiert toutes les qualités du torrent : rapidité, puissance et bonne santé. Plume de nuage n'a plus rien à craindre. Il a compris qu'au lieu de combattre les forces de la nature il est préférable de les épouser... et de faire confiance.

 

Faire confiance ! ? oui... mais jusqu'où ?

 

Car là-bas, un peu plus loin une cascade gigantesque dans un brouhaha effroyable chavire toute l'eau du torrent qui arrive à vive allure. Aucune goutte d'eau ne peut y échapper.

 

"Ai-je vraiment raison de faire confiance, se dit Plume de nuage ? Qu'est-ce qui m'attend?

 

"A peine a-t-il posé cette question, qu'un courant d'une force prodigieuse le catapulte en plein cœur de la cascade.

 

Plume de nuage n'a pas la force de regarder, et ferme les yeux. Seulement il répète. Faire confiance ! Faire confiance - comme pour mieux s'en persuader - suivre le courant de la vie... et faire confiance.

 

Il se sent ballotté à droite, à gauche, sous l'eau, puis encore sous l'eau, de nouveau à droite de nouveau à gauche, encore sous l'eau, puis encore à droite... et...

 

Contre toute attente, il éprouve alors une bien étrange sensation.

 

Son corps est devenu fluide et léger. Puis il se sent pris d'un curieux bercement. IL ouvre les yeux... la cascade, maintenant, se trouvent au-dessus de lui à plus de cinquante mètres.

 

Il ouvre mieux les yeux et comprend qu'il est, grâce au vent léger, tombé sur la feuille d'un arbre qui tendait quelques unes de ses branches à proximité de l'eau.

 

La feuille qui l'a reçu, maintenant le berce gentiment.

 

Plume de nuage s'y repose un instant et la remercie en lui donnant un peu de son eau.

 

Encore une fois, il comprend que la nature fait bien les choses.

 

"Dorénavant, je n'ai plus à avoir peur, faire confiance aux forces de la vie ! voilà qui me mènera loin !
Allez, en route vers de nouvelles aventures ! s'exclame-t-il !".

 

Plume de nuage se laisse alors glisser jusqu'à la bordure de la feuille, puis s'étire, et tombe dans une eau devenue plus calme.

 

Tranquillement, Plume de nuage se laisse porter au fil de l'eau.

 

Au détour d'un courant il ose même aller caresser les mollets d'un Monsieur en train de tremper ses pieds au bord de la rivière.

 

Un peu plus en aval, il se blottit dans le creux d'une main d'un enfant qui éclabousse au autre enfant.. puis dégouline sur son visage avant de rejoindre sa rivière.

 

Maintenant la rivière s'élargit et repose majestueusement dans son lit. Plume de nuage s'y endort quelque temps... et rêve. Son rêve l'emporte loin... très loin...

 

Mais brassé ici et là par quelques remous et courants sous-marins, le rêve qu'il fait lui laisse dans la bouche, une certaine amertume qui finit par le réveiller.

 

Tout en ouvrant les yeux, il oublie le songe qu'il vient de faire. Seul dans la bouche, lui reste ce petit goût d'Amertume. Durant son sommeil, la rivière a quitté son lit. Maintenant elle est devenue un fleuve qui s'écoule paisiblement. Sur son dos passent de temps à autres des bateaux. Des petits, des gros...

 

Plume de nuage regarde autour de lui. Le paysage a bien changé. Seul demeure ce goût amer qui persiste dans sa bouche.

 

Le relief est plat et les arbres rares. Une nouvelle végétation d'herbes fines et élancées se courbe docilement, caressées qu'elles sont par le vent. Ce vent à quelque chose de bien particulier. Un parfum de sel semble s'y dégager. Ce même parfum que Plume de nuage sent non plus seulement dans sa bouche, mais dans la totalité de son corps.

 

Plume de nuage porte en lui le goût de ce sel. IL est devenu une goutte d'eau salée.

 

IL comprend alors que le fleuve a terminé son cours. Maintenant c'est un estuaire qui dans le crépuscule s'offre à lui.

 

Bientôt le soleil aura disparu.

 

Déjà le ciel prend son costume de nuit. Un croissant de lune laisse passer devant sa lumière quelques nuages effilochés. Une première étoile s'allume.

 

Mais ce qui retient l'attention de Plume de nuage ne se trouve pas dans le ciel. Non ! ce qui retient son attention, c'est le bruit qu'il entend.

 

Ce bruit n'a rien de comparable avec le brouhaha de la chute d'eau de tout à l'heure. Non ! le bruit que Plume de nuage entend parait venir d'un tout autre monde... et en même temps ce bruit lui semble si familier.

 

Alors, Plume de nuage comprend que ce qu'il entend, ce qui l'appelle... c'est la mer. La mer dans toute sa splendeur.

 

Une petite vague vient le chercher et se retire d'elle-même dans l'immensité océane. Le soleil au bout de l'horizon a disparu.

 

Une lueur mauve persiste encore quelques instants. Puis c'est la nuit. Et seul dans la nuit, un petit flocon de neige devenu goutte d'eau se laisse porter au rythme des vagues.

 

Plume de nuage se sent bien. Un sentiment de liberté coule dans ses veines. Chaque seconde devient éternellement sereine.

 

Puis doucement, dans le clair-obscur des étoiles et la lune, plume de nuage descend à l'intérieur de l'océan.

 

Et là, se repose entre une coquille Saint-Jacques et une anémone.

 

Lorsque Plume de nuage rouvre les yeux, un rayon de soleil lui tend la main et l'invite à remonter à la surface.

 

La mer est belle, le soleil miroite chaque vague qui s'élance. Et l'écume resplendit comme mille diamants. Plume de nuage se laisse emporter par une vague. Au sommet de celle-ci une telle ivresse monte en lui qu'un sentiment de force s'empare de ses pensées, lui donnant la brève illusion que lui, Plume de nuage, infime petite goutte d'eau est devenue plus grande que la vague, plus grand même que l'océan.

 

Mais lorsque la vague redescend et disparaît au sein même de cette mer qui venait tout juste de la créer, Plume de nuage reçoit une véritable douche froide. Dès lors, il comprend une nouvelle chose. IL comprend que son existence n'est qu'une vague de la vie, et qu'un jour cette même vie qui l'avait fait naître, le rappellerait.

 

Les jours, les années s'écoulent paisiblement.

 

Puis, alors que Plume de nuage, sur le dos d'un dauphin se dore au soleil, il sent dans son corps une nouvelle sensation. Quelque chose de chaud monte en lui.

 

Son enveloppe de goutte d'eau disparaît. Un filet de vapeur l'étire vers le haut.

 

Maintenant il voit le dauphin à plusieurs mètres sous lui.

 

Tout doucement Plume de nuage sent qu'il monte dans le ciel. Il n'a plus de corps. Même la vapeur a disparu. Simplement, lui reste la conscience d'exister.

 

Sans peine ni remords, Plume de nuage laisse ce qu'il quitte.

 

De sa hauteur, il admire la mer dans son entier. Puis l'ascension s'accélère. Plume de Nuage contemple une dernière fois sa planète. Elle est devenue un tout petit point bleu qui tourne autour du soleil.

 

Enfin, regardant le ciel, il ouvre son cœur en toute confiance puis s'écrie "J’ARRIVE !"'... Et du ciel d'où il était venu, Plume de nuage disparaît.

 

Mais qui sait ?

 

Peut-être un jour reviendra-t-il en un nouveau flocon de neige ou pourquoi pas en un arbre de la forêt amazonienne ou simplement en petit garçon.

 

Peut-être aussi, ne reviendra-t-il pas ? Mais chut ! cela est une autre histoire...



Didier T.LRSY

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Dimanche 2 décembre 2007
- Publié dans : Contes et Légendes

A l’époque de la magnificience du château de Franchimont, le châtelain donna une grande fête pour les 18 ans de sa fille. Pour divertir toute la noblesse des environs invitée aux réjouissances, il avait fait venir jongleurs et ménestrels. Parmi eux, figurait un jeune trouvère qui chantait et jouait merveilleusement de la viole. Celui-ci à la vue de l’héroine de la fête fut ébloui et tomba en véritable adoration. Franchimontcastlef.jpg

 

Incapable de s’éloigner de l’objet de son admiration, il s’établit dans une petite cabane sur les hauteurs de Stockis, juste en face du château et passait de longues heures à composer des poêmes pour son idole et à les chanter en s’accompagnant de sa viole. Pour survivre, connaissant les vertus des plantes, il avait guéri pas mal de malades tant parmis les bêtes que les gens.

 

Mais une mauvaise nouvelle courut dans toute la région, la jeune comtesse était tombée gravement malade et les médecins restaient impuissants devant ce cas. Le comte, mis au courant des dons de l’ermite, le fit mander en son château et lui demanda de soigner sa fille. Le jeune musicien revit ainsi la jeune damoiselle, devenue bien pale et fort amaigrie. Il se retira pour aller cueillir les plantes nécessaires, en fit une tisane et revint l’administrer à la malade. Celle-ci s’endormit aussitôt et le trouvère demanda l’autorisation de rester à son chevet et de jouer doucement de la viole.

 

Quelques jours plus tard, la jeune fille reprit des forces et tout heureux du résultat de ses soins, le jeune ménestrel s’en retourna dans son ermitage sans vouloir accepter la moindre récompense, s’estimant suffisamment comblé en voyant son idole retrouver la santé. Le châtelain néanmoins envoya ses gens lui aménager une habitation un peu plus confortable. Le musicien s’en revint plus tard au château pour chanter et jouer de la viole à l’occasion du mariage de la jeune comtesse et devint le professeur de musique des enfants.

 

Il continua à vivre dans sa petite maison jusqu’à sa mort. Peu de temps après ; un jeune homme du pays, après une grave déception en amour s’en vint occuper l’ermitage. Et à Theux, pendant longtemps en parlant d’un amoureux déçu, on disait : "v’la co one ermit po Stockis". Les ruines de ce bâtiment sont signalés à diverses reprises et cet endroit s’est appelé : "l’Ermitterie" de Stockis.

 

 

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Dimanche 2 décembre 2007
- Publié dans : Contes et Légendes

l y a très longtemps, vivait une bête maléfique. Jamais, on n'avait vu une bête aussi affreuse.

Ses yeux rouges lançaient des éclairs, ses dents étaient tranchantes comme des lames de rasoir, ses cheveux aussi longs que ceux d'une femme, son corps ressemblait à un cheval musclé, sa queue de lion chassait les mouches. C'était vraiment une horrible créature. Elle rôdait dans le bois de Staneux entre Polleur et les Bansions. 

Un jour, un bûcheron, inconscient des dangers cachés qui le guettaient partit abattre des chênes. Arrivé dans la clairière, il se trouva en face de la bête. Elle roulait des yeux, elle poussait de terribles cris, elle grincait ces terribles crocs enfin, elle se cabra et l'avala. 

Pendant plusieurs mois, elle se nourrit ainsi des bûcherons de la région. 

Un dimanche après la messe, les hommes se retrouvent au café de Polleur. Ils discutent des méfaits de la bête et cherchent un plan pour la tuer. Le vieux cordonnier dit qu'il a une idée pour construire un piège. Tous les hommes se mettent à rire et à se moquer de lui. Le cordonnier insiste et présente son plan.  "J'ai pris l'empreinte d'un pas de la bête et j'ai confectionné des bottes à sa pointure." Le forgeron les renforcera par des barres de fer. Nous enduirons l'intérieur de poix.  Comme la bête aime imiter les gestes des hommes, elle enfilera les bottes et elle sera prise. Nous n'aurons plus qu'à la tuer". expliqua le vieil homme.


Le dimanche suivant, le cordonnier accompagné de son chien était suivi par les chasseurs. Ils entraient à présent dans la vaste forêt; L'oreille aux aguets, ils tentaient de trouver des traces de la bête. Armés jusqu'aux dents, ils avançaient pas à pas, toujours sur leurs gardes. 

Le cordonnier signala de son bâton une marque de pas dans le sol. La terre était légèrement humide et l'empreinte bien dessinée. Ils campèrent sur place et dès le lever du soleil, se remirent en marche. Tout à coup, le chien se mit à grogner, il avait flairé quelque choseet les chasseurs brandirent leurs haches et leurs gourdins. Le vieux cordonnier s'immobilisa et perçut alors un grognement sourd provenant d'un fourré tout proche.  

Cette fois, il en était sûr, la bête se trouvait à quelques mètres. Sur un geste de son maître, le chien se tut mais sentant le danger, il montra ses crocs et s'avança. De l'autre côté du fourré, un mugissement énorme se fit entendre. A travers les branchages, les chasseurs avaient repéré la bête. Le cordonnier s'avança face à la bête et déposa les bottes piégées. 

Courageusement, l'homme enfila les siennes devant le terrible animal . La bête imita le cordonnier mais dès qu'elle voulut avancer, elle se cassa les pattes et s'écroula. Avec leurs fourches, pelles, haches, gourdins, les chasseurs l'achevèrent. Ils la chargèrent sur un char tiré par un cheval. Quand ils rentèrent au village toutes les femmes étaient là pour acclamer ces valeureux chasseurs. 

C'est alors qu'on s'aperçut que Vincent ne les avait pas accompagnés car il s'était marié la veille. On le traita de coucou et on le lança dans la rivière du haut du pont. Depuis cette date dans le village de Polleur, village voisin du nôtre, a lieu la fête du Coucou . Ce jour-là, le dernier marié du village est plongé dans la Hoëgne , rivière qui passe dans le village.


Cette légende est la plus ancienne et la plus connue des légendes franchimontoises, un écrit de 1476 signale que les gens de Polleur avaient le droit au bois du Staneux et en jouissaient pour avoir tué une beste dite la beste de Staneux qui doir avoir été de la figure du Sagittaire...

Voir les 0 commentaires - Par Kitty
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