En 1658, une quinzaine de religieuses du couvent des ursulines d'Auxonne, dont plusieurs novices, se disent hantées par les démons. La
situation des religieuses possédées (nommées « énergumènes »), comme les nombreux exorcismes réalisés au couvent par les aumôniers, sont d'abord secrets. C'est seulement en 1660 que les habitants
de la ville d'Auxonne apprennent la réalité des possessions, au moment même où l'épidémie s'étend hors des murs du couvent et touche des habitants de la ville. Des exorcismes publics ont lieu
dans l'église paroissiale, des femmes laïques sont condamnées au bannissement par les juges locaux, et deux d'entre elles, prises pour des sorcières, sont même massacrées par la
population.
Les religieuses possédées présentent les symptômes habituels de l'hystérie.
Elles parcourent toute la gamme de ses troubles psychiques, depuis la forme la plus atténuée jusqu'à la plus sévère.
Au début, il s'agit de vomissements de corps étrangers, pris pour des sorts diaboliques par les spectateurs - en fait, il ne pouvait s'agir
que d'objets avalés par elles sous l'influence simultanée d'une dépravation du goût, souvent constatée chez les hystériques, et d'un intense besoin de mystification -, de contorsions corporelles
et de délires érotiques, évidemment liés, et de l'adoption ou de l'invention de pauses physiques spectaculaires.
Ensuite, lorsque l'épidémie atteint son plein développement, la suggestion et l'autosuggestion, ainsi que l'imitation des unes par les
autres, accentuent les phénomènes caractéristiques de la névrose hystérique, en particulier lors des exorcismes. Dans ces circonstances, les attitudes sont violentes et spectaculaires : corps en
arc, avec cris et hurlements, suivis de délires avec imprécations et blasphèmes, pendant lesquels ont lieu les interrogatoires, puis d'excentricités, comme des courses dans l'église ou des sauts
sur l'autel, ou parfois, à l'inverse, des comportements à caractère léthargique, avec délire zoopsique. L'ensemble s'accompagne d'anesthésie, parfois même de thermo-anesthésie, et aussi parfois
de cessation de battement du pouls, consécutive à la suggestion qui accompagne l'injonction de l'exorciste. Il se produit aussi des contractures diverses, qui persistent parfois après l'attaque
hystérique pendant plusieurs heures, ainsi que des perturbations de l'innervation vasomotrice, d'où le non-écoulement du sang à l'occasion des saignées.
En octobre 1660, l'une des religieuses du couvent, Barbe Buvée, nommée en religion soeur de Sainte-Colombe, beaucoup plus âgée que les religieuses possédées, est présentée par la mère supérieure
comme la responsable de ces possessions.
Accusée publiquement, lors d'une cérémonie religieuse, d'apostasie, de magie, de sortilège et d'infanticide, elle est victime de violences
de la part d'autres religieuses et mise aux fers dans la prison du couvent. A la demande de la famille de Barbe Buvée, et constatant des irrégularités procédurières, le parlement de Dijon
intervient alors : une commission d'enquête judiciaire, dirigée par le conseiller Legoux, se rend à Auxonne, constitue une commission d'enquête ecclésiastique, procède à de nombreux
interrogatoires, fait réaliser des expertises et conclut à la fausseté des possessions ; le parlement ordonne la libération de Barbe Buvée.
Dans le même temps, le spectacle des exorcismes attire un vaste public, venu de tout le royaume, dans l'église d'Auxonne.
Une nouvelle commission d'enquête, décidée par le parlement de Paris à la demande de la municipalité, persuadée de la réalité des
possessions, aboutit alors à la conclusion inverse de la commission précédente, tandis que le parlement de Dijon réhabilite officiellement Barbe Buvée et que l'intendant de la généralité, Bouchu,
qui envoie à son tour deux nouvelles commissions d'enquête, conclut successivement à l'absence de possessions, puis à leur réalité. Tout porte à croire que ces rebondissements et ces dissensions
s'expliquent pour une bonne part par les rivalités qui opposent diverses familles puissantes de la ville d'Auxonne, ainsi que par l'opposition entre l'intendant et le parlement. Le dossier est
finalement confié de nouveau au parlement de Paris, qui préfère enterrer l'affaire. L'épidémie de possessions ne tarde pas alors à se calmer, les religieuses ayant été transférées dans d'autres
couvents et les exorcismes ayant cessé.
Source : Historia thématique : Le Diable de l'ange déchu à l'axe du mal