Il était une fois un village qui était tourmenté par un revenant. Les gens savaient qu'il ne fallait pas sortir la nuit; il ne fallait surtout pas ouvrir la porte a qui que ce soit, même une seule minute avant l'aube, même Si on entendait des lamentations et des supplications déchirantes.
Le village était hanté par la filleule de la Mort.
Un jour, un étranger vint s'établir au village; il acheta une belle maison et il aurait bien voulu embaucher une bonne, mais une épidémie venait de décimer la population, et chaque foyer souhaitait préserver ses membres survivants. Il s'habitua à vivre seul, avec ses chiens de chasse et son chat, mais ne put apprendre les traditions du village, et naturellement il accueillit avec ironie les avertissements des villageois. C'est ainsi que la première fois qu'il entendit des cris plaintifs dans la nuit, il ouvrit sa porte et sortit dans l'obscurité, avec ses chiens et son fusil. Le lendemain les villageois le virent entrer, très pâle, dans la taverne du village. Il déclara qu'il ne pouvait pas manger, mais il but énormément.
"Elle est maigre, elle est pâle, ses lèvres sont minces, elle n'a plus voulu ouvrir la bouche dès qu'elle m1a vu." Et quand on lui demanda où étaient ses chiens: "Ils se sont perdus dans la forêt.". Mais la forêt était lointaine et autour de sa maison il y avait des flaques rouges.
La nuit les cris retentirent mais cessèrent au son bref de sa porte qui s'ouvrait. Le jour suivant, à la taverne, il dit: "Elle a de grands yeux noirs, de longs cheveux noirs, ses mains sont livides, elle a très peur de moi, mais cette fois elle a bien voulu entrer chez moi et bien qu'elle n'ait pas voulu me parler, elle m'a laissé comprendre qu'elle était contente, bientôt elle voudra bien me sourire.". Sans doute quelqu'un était entré chez lui: des touffes de poil de son vieux chat paisible étaient collées aux murs du salon.
Cette nuit-là on n'entendit qu'un seul cri, terrible, et un râle; les villageois n'osèrent bouger. Le matin suivant on les trouva tous les deux sur le seuil de la maison, l'un dans les bras de l'autre. Cela faisait longtemps que la filleule de la Mort n'avait pas dîné, et elle avait fini par ouvrir tante grande la bouche. Mais, aussi grande qu'elle put l'ouvrir, la tête du villageois était trop grande, et elle mourut étranglée par sa première bouchée.
C'est ainsi que le village fut délivré de la filleule de la Mort.
Silke GOETHLL,