Chez les égyptiens, le jardin s’organise autour de grands bassins.
L’eau, vitale pour la survie dans ce pays soumis aux crues du Nil est domestiquée pour le seul agrément des puissants.
Les romains ont des jardins hérissés de statues et de fontaines.
La végétation est soumise à l’homme et s’inscrit dans des massifs géométriques. Le jardin est un signe de puissance, de pouvoir en même temps que d’épicurisme et de protection contre le monde extérieur. Les empereurs romains se réfugient dans leur villa pour échapper au mécontentement de la plèbe. Il est aussi l’occasion d’expérimenter des découvertes technologiques. César fait aménager un système d’adduction d’eau révolutionnaire dans son jardin de Capri.
Au moyen age les cloîtres ont des jardins intérieurs. Un péristyle entourant un espace rectangulaire. La déambulation du moine se fait toujours dans le même sens, en contemplant les sculptures des chapiteaux, véritables programmes iconographiques retraçant des épisodes de la vie de Jésus ou les tentations possibles. Le centre dont les plantes sont dans des massifs géométriques, représente la transcendance, l’aspiration à la lumière.
L’église accorde beaucoup d’attention aux jardins. Un passage des évangiles où Jésus se recueille avant la crucifixion est situé dans le jardin du mont des oliviers. C’est un espace de méditation. C’est aussi un conservatoire de plantes médicinales. Les premiers herbiers et les premières tentatives objectives d’observation des plantes datent du moyen age.
A la Renaissance, le jardin est le reflet du bel idéal. On recherche les décors antiques, on les imite. L’architecture se détache des impératifs féodaux de défense. Les portes et les fenêtres s’ouvrent. Les seigneurs ne sont plus seulement des chefs de guerre mais aussi des esthètes doublés de mécènes. Laurent le magnifique collectionne les statues antiques et les œuvres des artistes qu’il place sous sa protection dont Michel-Ange. Il ouvre son jardin au public.
Les châteaux de la Loire offrent une diversité impressionnante d’organisation de l’espace. L’ordonnance des jardins tient compte de la spécificité des accidents de terrain, jardin en terrasse surplombant la Loire, espace immense du château de Chambord. Les massifs sont souvent géométriques, des labyrinthes de verdure peuvent être organisés. On dissémine des statues imitées de l’antique, et de la renaissance italienne. Cependant, à la fin du XVIème siècle on voit apparaître des artistes originaux tel Jean Goujon, voir la fontaine des innocents à Paris. L’adduction d’eau fait l’objet de grands travaux comme le percement du canal reliant la Seine au jardin du château de Fontainebleau. Les fontaines sont placées à des points stratégiques. Le tracé des massifs, le réseau des allées part des fontaines centrales et des bassins.
Sous Louis XIII, Louis XIV, le jardin royal est signe de puissance. L’identité nationale émerge. Apparaissent les jardins à la française, même les plantes sont au service de l’ordre établi. Les vues aériennes montrent des compositions géométriques complexes, les arbres sont taillés et réduits à l’état d’objet. C’est l’époque de Descartes, le monde ne réserve aucune surprise. Louis XIV crée une orangerie à Versailles, les échanges avec la Perse et l’empire ottoman conduisent à découvrir des arbres inconnus sous nos latitudes.
XVIIIème siècle : La philosophie des lumières permet d’avoir une autre vision de la nature que celle qui serait soumise à l’homme. Le mythe de l’innocence originelle, de la nature bienveillante apparaît chez Rousseau. Les jardins reproduisent une nature sauvage. L’intimité, le bien-être remplacent la pompe et la solennité du siècle de Louis XIV.
On aménage des bosquets pour s’isoler, pour lire, contempler, méditer. On construit des temples ronds imités des tolos grecques, on reconstitue des ruines antiques inspirées des récentes découvertes archéologiques.
La révolution ouvre les portes des palais au peuple et de fait les jardins royaux dont celui des Tuileries. Vivant Denon organise la collection royale du Louvre. Le jardin des plantes est la vitrine des encyclopédistes.
XIXème siècle : Les romantiques préfèrent les paysages naturels et tragiques, Lamartine se promène au bord du lac du Bourget, Victor Hugo dessine à l’encre la mer autour de l’île de Guernesey, Gaspard Friedriech peint la nature déchaînée.
Louis II de Bavière matérialise ses fantasmes autour de ses châteaux, il fait construire une grotte artificielle dont le lac accueille des barques en forme de cygne pour déclamer des vers.
Seconde moitié du siècle apparaissent les jardins d’artistes probablement influencés par l’Art japonais. C’est la matérialisation d’une démarche créatrice. Le jardin de Giverny de Monet malgré le foisonnement apparent procède d’une observation scientifique de la nature. C’est la maîtrise de la floraison et de la hauteur des plantes.
Monet y capte pendant trente ans les variations de la lumière et restitue ces nuances colorées par des effets de matière.
La photographie à cette époque est encore en noir et blanc.
Pour Bonnard, son jardin est une transposition familière des vieux mythes. Il est saturé de couleur, dont le rose et l’orange crépusculaires traduisent l’angoisse plus que la quiétude.
Auteur de l'article:Inconnu