L'enterrement a lieu dans l'église choisie avant le décès. Même les gens modestes prévoient le déroulement de leurs funérailles. Ces rites sont respectés. Le clergé profite parfois de l'occasion. Durant l'épidémie de 1418, à Paris, « on enterrait par quatre, six ou huit à chaque messe chantée dont il fallait d'ailleurs marchander le prix, 16 ou 18 sols parisis pour messe chantée, 4 pour messe basse ».
La cérémonie ne met pas fin au devoir des vivants à l'égard des morts. Le clergé rappelle sans cesse que les âmes du purgatoire ont besoin de prières. Si les peines y sont terribles, à en croire les prédicateurs, ce lieu permet au pécheur d'espérer. Avec le purgatoire, l'au-delà intègre la notion de temps. Il n'est donc pas étonnant que s'instaure une « comptabilité de l'au-delà » qui entraîne des exagérations. En Bordelais, le captal (capitaine) de Buch, Jean de Grailly, fonde en 1369 dix-huit chapellenies de lampes perpétuelles et demande la célébration de 50 000 messes. D'où le scandale des indulgences.
L'indulgence, c'est-à-dire la rémission des peines temporelles accordée par l'Eglise sous certaines conditions, apparaît au XIe siècle. Mais, à la fin du Moyen Age, elle connaît de graves dérives - qui font l'objet de vives critiques dès le XIVe siècle - dues notamment à une extension abusive. Le caractère spirituel du sacrement de pénitence est bafoué, sacrifié aux besoins financiers de l'Eglise. Luther, qui s'élève d'abord contre le trafic des indulgences, finit par condamner, en 1517, leur principe même, dans des thèses considérées comme le véritable point de départ de la Réforme.
Il va sans dire qu'il ne suffit pas d'assister à la messe le dimanche et de faire ses Pâques pour être un bon chrétien. Il est tout aussi important de bien vivre. La place nous manque pour étudier l'attitude des chrétiens vis-à-vis de la sexualité, de l'argent ou de la violence. Quelques remarques sur le premier point qui requiert toute l'attention de l'Eglise. Celle-ci n'hésite pas à s'immiscer dans l'intimité du couple.
Elle interdit les rapports sexuels entre époux (les seuls autorisés) à de nombreux moments qui relèvent les uns du temps liturgique, les autres du cycle de la femme (règles, grossesse). Elle n'admet qu'une seule position, à savoir l'homme sur la femme. Bien entendu, elle s'oppose à la contraception et à l'avortement. Le but du mariage est la procréation et la contraception est considérée comme un acte contre nature.
Ces règles ne sont évidemment pas toujours respectées, il s'en faut de beaucoup. Un manuel de confesseur brugeois du XIVe siècle signale : « Aujourd'hui le vice abonde. » Les comptes de Bruges indiquent l'importance des amendes frappant les lieux de débauche très nombreux dans la cité. Mais les textes dont nous disposons sont avant tout d'ordre législatif et judiciaire, et par conséquent s'intéressent avant tout aux délits.
Qu'en est-il sur le plan strictement religieux ? L'observance est majoritaire, les fidèles pratiquent dans une très forte proportion mais négligent souvent les prescriptions canoniques. En outre, à la fin du Moyen Age, l'excommunication est fréquemment prononcée - souvent pour des motifs futiles - ce qui n'arrange pas les choses.
Ceux qui assistent à la messe ne se comportent pas toujours de façon convenable. Au cours de l'office, durant le sermon, il n'est pas rare de voir des hommes sortir pour aller à la taverne, puis revenir. Le fait que la consécration apparaisse comme le moment essentiel engendre des superstitions. Certains croient que voir le corps du Christ le matin préserve de la mort subite au cours de la journée. Ce qui explique que l'on se précipite dans l'église lors au moment crucial pour en ressortir ensuite. Si l'on peut noter de nombreuses négligences, les cas d'opposition déclarée sont rares.
Mais ces attitudes sont-elles sincères ? Il existe maints égarements du sentiment religieux : superstitions, goût du merveilleux et de l'atroce à la fin du Moyen Age, hérésies. L'incroyance se manifeste dans tous les milieux, chez les nobles mais aussi parmi les gens du peuple.
Les registres d'inquisition de Jacques Fournier permettent de constater que des paysans, au début du XIVe siècle, ne croient pas en l'éternité du monde, tel Arnaud de Savignan, maçon cultivé. « J'ai entendu dire de beaucoup de gens, habitants du Sabarthès, que le monde avait toujours existé et qu'il existerait toujours dans l'avenir. » Jaquette den Carot, simple femme d'Ax, refuse l'au-delà et montre un profond scepticisme à l'égard du dogme de la résurrection. « Retrouver nos père et mère dans l'autre monde ? Récupérer nos os et notre chair, par la résurrection ? Allons donc ! » Toutefois, ainsi que l'écrit Jacques Le Goff, « il ne faut pas imaginer une implacable domestication du peuple par les élites cléricales. Rien n'aurait fonctionné sans un certain consentement. »
Il est bien évident, en tout cas, que contrairement à notre époque, c'est la religion qui structure la vie de l'homme médiéval.