Avant même le commerce triangulaire, il existait un important trafic d’esclaves au Moyen Âge dans l’Europe méditerranéenne. Il y avait de véritables réseaux d’importation de captifs. Les victimes en furent essentiellement les « païens » (musulmans et Juifs), ainsi que des chrétiens orthodoxes venus du monde grec et slave.
Dès le Xe siècle, en effet les rois saxons capturaient des Slaves en grand nombre. C’est là l’origine du mot « esclave » ; slavus (slave) qui devient sclavus dans le sens de « captif privé de liberté ». A distinguer de servus, qui donnera serf. A cette époque les chrétiens d’Orient étaient considérés comme des ennemis de la chrétienté. La vieille rivalité entre Latins et Grecs se trouvait relancée du fait des besoins en main-d’œuvre dans les villes d’Europe du Sud et dans les plantations de l’Orient méditerranéen. Le besoin s’accrut encore lorsque la Peste noire s’est abattue sur l’Europe à partir de 1348.
Les captifs étaient généralement achetés sur des marchés réguliers, avant d’être transportés par voie maritime. Italiens, Catalans et Castillans allaient même jusqu’à acheter des captifs aux Turcs, leurs ennemis. On peut ainsi parler d’une « traite des Bulgares ». L’esclavage des Grecs fut aussi pratiqué sur une grande échelle. Aux tractations commerciales s’ajoutaient les captures occasionnelles réalisées par des chasseurs et marchands d’esclaves catalans, génois et vénitiens, lors d’opérations militaires ou du fait de la piraterie.
Cette réduction en esclavage au nom de la christianisation latine fut remise en cause en 1442 avec la proclamation d’une très fragile union entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe. Quant au trafic des Slaves, il disparu en 1453, après la prise de Constantinople par les Turcs. Mais vers 1600 on trouvait encore des esclaves grecs et slaves à Cuba, colonie espagnole. Face à cet essoufflement, vers le milieu du XVe siècle, du trafic en Orient, des marchands génois choisissent alors de s’orienter vers la traite des Noirs déjà expérimentée en Afrique de l’Ouest par les Espagnols et les Portugais.
D’après O. Pétré-Grenouilleau