Toutes les communautés se sont cherchées des ancêtres prestigieux, comme si les aristocrates de la religion devaient accumuler des ancêtres et des générations édifiantes.
Les premières communautés religieuses étaient régies par une terrible austérité mais les individus ne prononçaient aucun vœu.
A partir du VII° s. on voit apparaître en France les premières communautés fondées par des reines ou des princesses de sang.
Et dès cette époque date pour les familles aristocratiques la tradition de reléguer au couvent les filles dont elles ne veulent pas ou ne veulent plus avoir la charge.
Religieuses sans vocation ces femmes encombrent les monastères et y introduisent la tiédeur religieuse et l’indiscipline.
Puis vient le temps de l’unification autour de trois règles celles de St Benoît – de
St Augustin et de St François.
On voit apparaître aussi les vœux que doivent prononcer les femmes : vœu de pauvreté – d’obéissance – de chasteté et de clôture.
Au XVI° les couvents sont décadents, les moines sont voleurs, ripailleurs et brigands les moniales mènent une vie qui n’a plus rien de contemplative.
Le Concile de Trente qui siège entre 1545 et 1563 va tenter de restaurer les principales règles qui devaient régir les monastères :
Lutte contre les vocations forcées en fixant à 12 ans l’âge minimum pour la prise d’habit et à 16 ans celui de la profession
En menaçant d’excommunication qui conque obligerait une personne à entrer au couvent malgré elle
Décrétant que les mères supérieures devaient avoir au moins 40 ans d’âge et 8 ans de profession : ces décrets ne seront jamais respectés.
En France en vertu de leurs positions gallicanes les Parlements refusèrent d’enregistrer les décrets venus de Rome, ce qui leur étaient possible depuis 1516 et le Concordat de Bologne.
Mais les jeunes abbesses éprises d’absolu et une partie du clergé vont décider de passer outre la volonté des parlementaires. Finalement un modus vivendi va être trouvé, les femmes qui sont cloîtrées de force pourront continuer à avoir une vie semi laïque à condition de ne pas troubler l’ordre…
Dans le même temps on assiste à un véritable renouveau religieux en France grâce à quelques personnalités comme François de Sales et Jeanne de Chantal qui fondent l’ordre de la Visitation et Vincent de Paul qui fondent les filles de la Charité.
Le mouvement religieux féminin est alors double d’une part :
Désir réel de clôture et de vie monastique rigoureuse
Désir de participer à la vie sociale du pays en portant un costume qui permet aux femmes de circuler et d’être reconnues pour ce qu’elles sont : des religieuses vivant dans le siècle.
Le pouvoir royal et le pouvoir ecclésiastique vont voir d’un très mauvais œil cette révolution « féministe », qui était quasiment inévitable pour plusieurs raisons :
Les couvents ne sont plus des lieux isolés dans les campagnes, depuis les guerres de religion, ils sont en ville et au cœur des problèmes que posent une société si inégalitaire.
Les femmes sont touchées par la misère, la prostitution, l’abandon des enfants, la prolifération des devineresses bref elles sont tout à fait conscientes que la société est malade
Les couvents sont bien souvent dans des situations financières difficiles, trop de dettes, les domaines sont trop lourds à gérer, le personnel est très nombreux et des familles pléthoriques sont entretenues. La Charité est de plus en plus nécessaire et coûte très chère aux couvents qui en ont la charge
Louis XIII timidement puis Louis XIV violemment vont limiter le montant des dots et des dons que l’on peut faire aux couvents. Le roi et Mazarin puis Colbert voient d’un très mauvais œil de bonnes terres échapper à tout impôt et à tout contrôle, puisque les biens des couvents sont des biens de mainmorte.
Il faut bien se rendre compte qu’au XVII° s. les filles orphelines, cadettes de famille nombreuse sont promises au cloître dès leur plus jeune âge. Cela permet à la famille de se débarrasser d’une bouche à nourrir, du problème du mari à trouver d’une dot à fournir et d’accomplir ce qui est considéré comme un devoir sacré. L’enfant en entrant au couvent sauve son âme et celle des siens.
L’enfant entre très jeune au couvent avec sa nourrice tant qu’il faut la nourrir et qu’elle n’est pas physiquement indépendante. Puis elle sera confiée à des maîtresses qui vont pouvoir les façonner.
La mère supérieure d’un couvent qui doit penser à sa succession choisie très souvent une de ces nièces qui devient coadjutrice, ce qui permet de garder le couvent dans la famille et si aucune nièce n’est « disponible » on va chercher dans une parentèle plus lointaine, en faisant tous les efforts possible pour que l’enfant soit enlever à sa famille très jeune.
L’éducation est spartiate et s’inscrit dans un carcan qui doit vaincre dès leur plus jeune âge tous les instincts, pas de jeux, pas de distractions, pas de théâtre (Mme de Maintenon à saint Cyr).
Les enfants doivent toujours être occupées, écouter des lectures édifiantes. Aucun contact physique avec les maîtresses, pas le moindre câlin ou le moindre bisou en cas de bobo. Les punitions et les autopunitions sont favorisées, jeûnes comme les adultes, flagellation, mortifications.
On pratique l’humiliation et on obtient la soumission.
Et quand l’enfant est promise à la crosse la férule de l’abbesse peut être encore pire.
Le monde étant le diable, dont on fait un portrait hideux et terrifiant, il n’est pas étonnant que les fillettes très jeunes volent au-devant d’une vocation qu’on leur présentait comme une récompense divine.
Par contre la scolarisation des futures abbesses était soignée, elles devaient pouvoir répondre au pouvoir royal, aux juristes et aux représentants de l’évêque ou du pape. La plupart d’entre elles savaient le latin, connaissait la musique, la théologie, l’histoire religieuse.
La prieure du couvent exerce la régence pendant le temps de la minorité, exactement comme il y a une régence pendant la minorité d’un roi.
A partir de la seconde moitié du XVII° s. de personnalités aussi éminentes que Bossuet, Bourdaloue, ou Massillon vont s’élever avec force contre les vocations forcées appelant « crime l’acte d’autorité qui force ces enfants.
Mais les sermons seront sans effet sur la société qui ne sait pas quoi faire de ses filles, la première on peut la marier, la seconde aussi surtout si elle est jolie, après il faut ou qu’elle épouse un vieux veuf ou qu’elle accepte le couvent, et comme bien souvent les pères ne veulent pas prendre le risque de les voir refuser le mari qu’on va leur proposer ils préfèrent les mettre au couvent très jeunes.
Le sacro-saint droit d’aînesse qui oblige à garder pour le fils aîné le patrimoine intact, sacrifie les cadets et les cadettes. Mais pour les garçons la peine est moins terrible puisqu’il n’y a pas de clôture.
Impossible pour une fille de sortir, ou de refuser de prononcer ses vœux elle est alors jugée folle ou dangereuse pour la société.
Il faut se rappeler qu’une dot pour une fille qui entre au couvent est de 6000 livres en moyenne, pour un mariage elle est de 300 000 à 600 000 livres !
Les suicides ne sont pas rares, et quand une fille peut quitter le couvent elle ne le fait qu’avec l’appui de la mère supérieure.