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Les Petits Potins de L'Histoire

Les Petits Potins de L'Histoire

Bienvenue sur "Petits Potins de L'Histoire" J'espère que vous prendrez plaisir à me lire .... N'hésitez surtout pas à me proposer des idées ou de créer vous même un article, je mettrai en ligne avec plaisir...


Marquis de Sade - Justine ou les malheurs de la vertu (23eme épisode)

Publié le 20 Mai 2007, 10:39am

Catégories : #Le Marquis de Sade - Justine

La posture s'arrange tellement, que je puis encore offrir ma bouche à Jérôme ; on l'exige ; Clément se place dans mes mains ; je suis contrainte à l'exciter ; toutes les prêtresses entourent ce groupe affreux ; chacune prête aux acteurs ce qu'elle sait devoir l'exciter davantage ; cependant, je supporte tout ; le poids entier est sur moi seule ; Sévérino donne le signal, les trois autres le suivent de près, et me voilà, pour la seconde fois, indignement souillée des preuves de la dégoûtante luxure de ces indignes coquins.


- En voilà suffisamment pour un premier jour, dit le supérieur ; il faut maintenant lui faire voir que ses compagnes ne sont pas mieux traitées qu'elle.

On me place dans un fauteuil élevé, et là, je suis contrainte à considérer les nouvelles horreurs qui vont terminer les orgies.

Les moines sont en haie ; toutes les sœurs défilent devant eux, et reçoivent le fouet de chacun ; elles sont ensuite obligées d'exciter leurs bourreaux avec la bouche pendant que ceux-ci les tourmentent et les invectivent.


La plus jeune, celle de dix ans, se place sur le canapé, et chaque religieux vient lui faire subir un supplice de son choix ; près d'elle est la fille de quinze, dont celui qui vient, de faire endurer la punition doit jouir aussitôt à sa guise ; c'est le plastron : la plus vieille doit suivre le moine qui agit, afin de le servir, ou dans cette opération, ou dans l'acte qui doit terminer. Sévérino n'emploie que sa main pour molester celle qui s'offre à lui, et vole s'engloutir au sanctuaire qui le délecte et que lui présente celle qu'on a placée près de là ; armée d'une poignée d'orties, la vieille lui rend ce qu'il vient de faire ; c'est du sein de ces douloureuses titillations que naît l'ivresse de ce libertin... Consultez-le, s'avouera-t-il cruel ? Il n'a rien fait qu'il n'endure lui-même.


Clément pince légèrement les chairs de la petite fille la jouissance offerte à côté lui devient interdite, mais on le traite comme il a traité, et il laisse aux pieds de l'idole l'encens qu'il n'a plus la force de lancer jusqu'au sanctuaire.

Antonin s'amuse à pétrir fortement les parties charnues du corps de sa victime ; embrasé des bonds qu'elle fait, il se précipite dans la partie offerte à ses plaisirs de choix. Il est, à son tour, pétri, battu, et son ivresse est le fruit des tourments.

Le vieux Jérôme ne se sert que de ses dents, mais chaque morsure laisse une trace dont le sang jaillit aussitôt ; après une douzaine, le plastron lui présente la bouche ; il y apaise sa fureur, pendant qu'il est mordu lui-même aussi fortement qu'il l'a fait.
Les moines boivent et reprennent des forces.



La femme de trente-six ans, grosse de trois mois, ainsi que je vous l'ai dit, est huchée par eux sur un piédestal de huit pieds de haut ; ne pouvant y poser qu'une jambe, elle est obligée d'avoir l'autre en l'air ; autour d'elle sont des matelas garnis de ronces, de houx, d'épines, à trois pieds d'épaisseur ; une gaule flexible lui est donnée pour la soutenir : il est aisé de voir, d'un côté l'intérêt qu'elle a de ne point choir, de l'autre l'impossibilité de garder l'équilibre ; c'est cette alternative qui divertit les moines. Rangés tous les quatre autour d'elle, ils ont chacun une ou deux femmes qui les excitent diversement pendant ce spectacle ; toute grosse qu'elle est, la malheureuse reste en attitude près d'un quart d'heure ; les forces lui manquent enfin, elle tombe sur les épines, et nos scélérats, enivrés de luxure, vont offrir pour la dernière fois sur son corps l'abominable hommage de leur férocité... On se retire.


Le supérieur me mit entre les mains de celle de ces filles, âgée de trente ans, dont je vous ai parlé ; on la nommait Omphale ; elle fut chargée de m'instruire, de m'installer dans mon nouveau domicile ; mais je ne via ni n'entendis rien ce premier soir ; anéantie, désespérée, je ne pensais qu'à prendre un peu de repos. D'aperçus dans la chambre où l'on me plaçait de nouvelles femmes qui n'étaient point au souper ; je remis au jour d'ensuite l'examen de tous ces nouveaux objets, et ne m'occupai qu'à chercher un peu de repos. Omphale me laissa tranquille ; elle alla se mettre au lit, de son côté ; à peine suis-je dans le mien, que toute l'horreur de mon sort se présente encore plus vivement à moi : je ne pouvais revenir, ni des exécrations que j'avais souffertes, ni de celles dont on m'avait rendue témoin. Hélas ! si quelquefois mon imagination s'était égarée sur ces plaisirs, je les croyais chastes comme le Dieu qui les inspirait, données par la nature pour servir de consolation aux humains, je les supposais nés de l'amour et de la délicatesse. J'étais bien loin de croire que l'homme, à l'exemple des bêtes féroces, ne pût jouir qu'en faisant frémir sa compagne... Puis revenant sur la fatalité de mon sort... « Ô juste ciel ! me disais-je, il est donc bien certain maintenant qu'aucun acte de vertu n'émanera de mon cour sans qu'il ne soit aussitôt suivi d'une peine ! Et quel mal faisais-je, grand Dieu ! en désirant de venir accomplir dans ce couvent quelques devoirs de religion ? Offensé-je le ciel en voulant le prier ? Incompréhensibles décrets de la providence, daignez donc, continuai-je, vous ouvrir à mes yeux, si vous ne voulez pas que je me révolte contre vous ! » Des larmes amères suivirent ces réflexions, et j'en étais encore inondée, quand le jour parut ; Omphale alors s'approcha de mon lit.


- Chère compagne, me dit-elle, je viens t'exhorter à prendre du courage ; j'ai pleuré comme toi dans les premiers jours, et maintenant l'habitude est prise ; tu t'y accoutumeras comme j'ai fait ; les commencements sont terribles ; ce n'est pas seulement la nécessité d'assouvir les passions de ces débauchés qui fait le supplice de notre vie, c'est la perte de notre liberté, c'est la manière cruelle dont on nous conduit dans cette affreuse maison.



Les malheureux se consolent en en voyant d'autres auprès d'eux. Quelque cuisantes que fussent mes douleurs, je les apaisai un instant, pour prier ma compagne de me mettre au fait des maux auxquels je devais m'attendre.
- Un moment, me dit mon institutrice, lève-toi, parcourons d'abord notre retraite, observe les nouvelles compagnes ; nous discourrons ensuite.


En souscrivant aux conseils d'Omphale, je vis que j'étais dans une fort grande chambre où se trouvaient huit petits lits d'indienne assez propres ; près de chaque lit était un cabinet ; mais toutes les fenêtres qui éclairaient ou ces cabinets ou la chambre étaient élevées à cinq pieds de terre et garnies de barreaux en dedans et en dehors. Dans la principale chambre était, au milieu, une grande table fixée en terre, pour manger ou pour travailler ; trois autres portes revêtues de fer closaient cette chambre ; point de ferrures de notre côté : d'énormes verrous de l'autre.

- Voilà donc notre prison ? dis-je à Omphale.
- Hélas ! oui, ma chère, me répondit-elle ; telle est notre unique habitation ; les huit autres filles ont près d'ici une semblable chambre, et nous ne nous communiquons jamais que quand il plaît aux moines de nous réunir.


J'entrai dans le cabinet qui m'était destiné ; il avait environ huit pieds carrés ; le jour y venait, comme dans l'autre pièce, par une fenêtre très haute et toute garnie de fer. Les seuls meubles étaient un bidet, une toilette et une chaise percée. Je revins ; mea compagnes, empressées de me voir, m'entourèrent ; elles étaient sept : je faisait la huitième. Omphale, demeurant dans l'autre chambre, n'était dans celle-ci que pour m'instruire ; elle y resterait si je le voulais, et l'une de celles que je voyais la remplacerait dans sa chambre ; j'exigeai cet arrangement, il eut lieu. Mais avant d'en venir au récit d'Omphale, il me paraît essentiel de vous peindre les sept nouvelles compagnes que me donnait le sort ; j'y procéderai par ordre d'âge, comme je l'ai fait pour les autres.


La plus jeune avait douze ans, une physionomie très vive et très spirituelle, les plus beaux cheveux et la plus jolie bouche.
La seconde avait seize ans ; c'était une des plus belles blondes qu'il fût possible de voir, des traits vraiment délicieux, et toutes les grâces, toute la gentillesse de son âge, mêlées à une sorte d'intérêt, fruit de sa tristesse, qui la rendait mille fois plus belle encore.
La troisième avait vingt-trois ans ; très jolie, mais trop d'effronterie, trop d'impudence dégradait, selon moi, dans elle, les charmes dont l'avait douée la nature.
La quatrième avait vingt-six ans ; elle était faite comme Vénus ; des formes cependant un peu trop prononcées ; une blancheur éblouissante ; la physionomie douce, ouverte et riante, de beaux yeux, la bouche un peu grande, mais admirablement meublée, et de superbes cheveux blonds.
La cinquième avait trente-deux ans ; elle était grosse de quatre mois, une figure ovale, un peu triste, de grands yeux remplis d'intérêt, très pâle, une santé délicate, une voix tendre, et peu de fraîcheur ; naturellement libertine : elle s'épuisait, me dit-on, elle-même.
La sixième avait trente-trois ans ; une femme grande, bien découplée, le plus beau visage du monde, de belles chairs.
La septième avait trente-huit ans ; un vrai modèle de taille et de beauté ; c'était la doyenne de ma chambre ; Omphale me prévint de sa méchanceté, et principalement du goût qu'elle avait pour les femmes.
- Lui céder est la vraie façon de lui plaire, me dit ma compagne ; lui résister est assembler sur sa tête tous les maux qui peuvent nous affliger dans cette maison. Tu y réfléchiras.

Omphale demanda à Ursule (c'était le nom de la doyenne) la permission de m'instruire ; Ursule y consentit sous condition que j'irais la baiser. Je m'approchai d'elle : sa langue impure voulut se réunir à la mienne, pendant que ses doigts travaillaient à déterminer des sensations qu'elle était bien loin d'obtenir. Il fallut pourtant malgré moi me prêter à tout, et quand elle crut avoir triomphé, elle me renvoya dans mon cabinet, où Omphale me parla de la manière suivante.
- Toutes les femmes que tu as vues hier, ma chère Thérèse, et celles que tu viens de voir, se divisent en quatre classes de quatre filles chacune. La première est appelée la classe de l'enfance : elle contient les filles depuis l'âge le plus tendre jusqu'à celui de seize ans ; un habillement blanc les distingue.
La seconde classe, dont la couleur est le vert, s'appelle la classe de la jeunesse ; elle contient les filles de seize jusqu'à vingt ans.
La troisième classe est celle de l'âge raisonnable ; elle est vêtue de bleu ; on y est depuis vingt-un jusqu'à trente ; c'est celle où nous sommes l'une et l'autre.
La quatrième classe, vêtue de mordoré, est destinée pour l'âge mûr ; elle est composée de tout ce qui passe trente ans.
Ou ces filles se mêlent indifféremment aux soupers des Révérends Pères, ou elles y paraissent par classe : tout dépend du caprice des moines ; mais hors des soupers, elles sont mêlées dans les deux chambres, comme tu peux en juger par celles qui habitent la nôtre.
L'instruction que j'ai à te donner, me dit Omphale, doit se renfermer sous quatre articles principaux : nous traiterons dans le premier de ce qui concerne la maison ; dans le second, nous placerons ce qui regarde la tenue des filles, leur punition, leur nourriture, etc., etc., etc. ; le troisième article t'instruira de l'arrangement des plaisirs de ces moines, de la manière dont les filles y servent ; le quatrième te développera l'histoire des réformes et des changements.



Je ne te peindrai point, Thérèse, les abords de cette affreuse maison, tu les connais aussi bien que moi ; je ne te parlerai que de l'intérieur ; on me l'a fait voir afin que je puisse en donner l'image aux nouvelles venues, de l'éducation desquelles on me charge, et leur ôter par ce tableau toute envie de s'évader. Hier, Sévérino t'en expliqua une partie, il ne te trompa point, ma chère.
L'église et le pavillon qui y tient forment ce qu'on appelle proprement le couvent ; mais tu ignores comment est situé le corps de logis que nous habitons, comment on y parvient ; le voici. Au fond de la sacristie, derrière l'autel, est une porte masquée dans la boiserie qu'un ressort ouvre ; cette porte est l'entrée d'un boyau, aussi obscur que long, des sinuosités duquel ta frayeur en entrant t'empêcha, sans doute, de t'apercevoir ; d'abord ce boyau descend, parce qu'il faut qu'il passe sous un fossé de trente pieds de profondeur, ensuite il remonte après la largeur de ce fossé, et ne règne plus qu'à six pieds sous le sol ; c'est ainsi qu'il arrive aux souterrains de notre pavillon, éloigné de l'autre d'environ un quart de lieue.

Six enceintes épaisses s'opposent à ce qu'il soit possible d'apercevoir ce logement-ci, fût-on même monté sur le clocher de l'église ; la raison de cela est simple : le pavillon est très bas, il n'a pas vingt-cinq pieds, et les enceintes composées, les unes de murailles, les autres de haies cives très serrées les unes sur les autres, en ont chacune plus de cinquante de haut : de quelque part qu'on observe cette partie, elle ne peut donc être prise que pour un taillis de la forêt, mais jamais pour une habitation ; c'est donc, ainsi que je viens de le dire, par une trappe donnant dans les souterrains que se trouve la sortie du corridor obscur dont je t'ai donné l'idée, et duquel il est impossible que tu te souviennes d'après l'état où tu devais être en le traversant. Ce pavillon-ci, ma chère, n'a en tout que des souterrains, un plain-pied, un entresol et un premier étage ; le dessus est une voûte très épaisse, garnie d'une cuvette de plomb pleine de terre, dans laquelle sont plantés des arbustes toujours verts qui, se mariant avec les haies qui nous environnent, donnent au total un air de massif encore plus réel. Les souterrains forment une grande salle au milieu et huit cabinets autour, dont deux servent de cachots aux filles qui ont mérité cette punition, et les six autres de caves ; au-dessus, se trouvent la salle des soupers, les cuisines, les offices, et deux cabinets où les moines passent quand ils veulent isoler leurs plaisirs et les goûter avec nous, hors des yeux de leurs confrères.

Les entresols composent huit chambres, dont quatre ont un cabinet ; ce sont les cellules où les moines couchent, et nous introduisent, quand leur lubricité nous destine à partager leurs lits ; les quatre autres chambres sont celles des frères servants, dont l'un est notre geôlier, le second le valet des moines, le troisième le chirurgien, ayant dans sa cellule tout ce qu'il faut pour des besoins pressants, et le quatrième le cuisinier ; ces quatre frères sont sourds et muets ; difficilement on attendrait donc d'eux, comme tu vois, quelques consolations ou quelques secours ; ils ne s'arrêtent jamais d'ailleurs avec nous, et il nous est très défendu de leur parler. Le dessus de ces entresols forme les deux sérails ; ils se ressemblent parfaitement l'un et l'autre ; c'est, comme tu vois, une grande chambre où tiennent huit cabinets. Ainsi, tu conçois, chère fille, qu'à supposer que l'on rompît les barreaux de nos croisées, et que l'on descendît par la fenêtre, on serait encore loin de pouvoir s'évader, puisqu'il resterait à franchir cinq haies vives, une forte muraille et un large fossé : ces obstacles fussent-ils même vaincus, où retomberait-on, d'ailleurs ?

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